A bientôt j'espère

(To Chris M.)

mercredi 14 février 2024

ESTHER 2 - LES ORIGINES

 


“I'm gonna go upstairs and fuck my husband”. Tricia, la mère, à Esther.  

Il y a comme ça des films dont on n’attendait rien, en tout cas peu, et qui nous laissent surpris, joyeux, voire euphorique.

Qu’attendre en effet de Esther 2 – Les origines a.k.a Orphan First kill, suite tardive d’un film d’horreur dont le petit charme vénéneux reposait en partie sur un génial twist par définition impossible à reproduire ? S’il n’était pas sorti en salles en France, Esther 2 – Les origines pourrait avoir le profil de ces suites bon marché conçues pour le marché de la vidéo. Non que cela nous dérange particulièrement, nous sommes parfois friands de ces bandes conçues dans ce (mauvais) état d’esprit. La preuve, Esther 2, bien que doté d’une production moins cossue que le premier mais qui reste tout à fait raisonnable en comparaison des exemples qui vont suivre, a rejoint notre panthéon de ces suites absurdes de films d’horreur que personne n’attendait et qui pourtant se révèlent être des pépites délicieusement délirantes. On parle là d’un film carrément du niveau de Cabin Fever 2, Ginger Snaps 2, Prom Night 2 ou Freeway 2. Oui, à ce point. Et que ceux qui ricanent à cette énumération passent leur chemin, sinon ils vont avoir affaire à notre naine psychopathe préférée.

« Leena souffre d'un dysfonctionnement des glandes qui contrôlent l'hypophyse, Et cela lui a causé un nanisme proportionné. Sa croissance s'est arrêtée plus ou moins autour de ses dix ans. Ne vous trompez pas, Leena ressemble peut-être à une petite fille mais c'est bien une femme d'âge mûr. Elle a trente et un an pour être exact ». Voici comment la présente le psychiatre de Leena, le vrai prénom de la future Esther, à l’art thérapeute (sic) envoyée la suivre à l’hôpital psychiatrique où elle est internée en Estonie. Les faits se déroulent avant l’action du premier volet. C’est une « préquelle » comme on dit. Et désolé pour le spoil, mais on imagine que tout le monde connait le retournement de situation du Esther original où elle se faisait adopter par une famille croyant accueillir une enfant. Au cas où on ne serait pas au courant, on nous met les points sur les i d’entrée. Le thriller original de Jaume Collet-Saura date de 2009. C’est la petite Isabelle Fuhrman, dix ans, qui incarnait à la perfection cette tueuse adulte se faisant passer pour une petite fille. Prendre une enfant de dix ans pour jouer une gamine de neuf censée incarner une adulte de trente-trois, avait une certaine logique pour la crédibilité de l’histoire. Treize ans plus tard, l’équipe derrière ce second volet (dont le créateur du concept Alex Maxe, à nouveau crédité ici pour l’histoire originale et David Coggeshall le scénariste), décident de concevoir un scénario qui se déroulerait avant, il faut dire que la fin du premier empêchait toute suite car Esther était morte noyée. Dans ce cas, un recasting est nécessaire pour trouver une enfant qui ressemblerait à Isabelle Fuhrman au même âge. Un scénario est écrit. Un réalisateur est engagé, le très bon William Brent Bell, à qui l’on doit l’excellent dyptique des The Boy. Après deux garçons, une fille ; pour lui il n’y a pas trois possibilités, mais une seule : faire revenir Isabelle Fuhrman dans le rôle titre. L’actrice est sur la même longueur d’onde que le réalisateur. Esther, c’est elle, et personne d’autre. Le rôle d’une vie.

Idée de fou, idée de génie, une idée de cinéma.

Isabelle Fuhrman ne souffre pourtant d’aucune maladie autoimmune qui aurait stoppé sa croissance (remembering Gary Coleman de Arnold et Willy) et faciliterait un tel subterfuge. C’est une jeune femme en pleine santé, vingt-trois ans au moment du tournage et mesurant 1,60 mètres (selon internet). Pas si vieille, et pas très grande, mais suffisament pour que jouer une enfant de huit ans - l’âge où on entre en CE2 - paraisse improbable. On se souvient des propos du réalisateur de Ça, Andy Muschietti, lorsqu’il a tourné le second volet deux ans après le premier, il avait dû employer des techniques digitales pour rajeunir les comédiens enfants qui devaient être raccord avec leurs scènes du premier car elles se déroulaient dans la même temporalité.  « Deux ans d’écart, disait-il, c’est compliqué, mais c’est toujours mieux que cinq ! ». Alors treize...

William Brent Bell, Isabelle Fuhrman ont donc décidé, qu’une actrice qui a trois fois l’âge du rôle le reprendrait malgré tout, parce que finalement l’actrice qui joue ce rôle est plus importante que le rôle lui-même. Et, pour des raisons de budget ou que sais-je, il a été décidé, pour pousser un cran plus loin la folie et de ne pas utiliser de méthodes modernes pour cacher son âge, le fameux deaging qui a servi à rajeunir les ados de Ça 2 le temps de quelques scènes ou les acteurs de The Irishman le temps de tout un film.  Ce sont donc des trucs à l’ancienne qui sont convoqués :  maquillages spéciaux, habile mélange de l’actrice et de doublures d’enfants, talons compensés, perspectives forcées, lumière diffuse pour atténuer les traits et beaucoup de « advienne que pourra ».

Dans un monde où la crédibilité des effets semble tenir lieu de projet, où il n’y rien de pire que le « ça a l’air faux », on se prosterne devant une telle audace, devant ce pacte passé avec le spectateur, à qui l’on demande moins une suspension d’incrédulité que d’embrasser pleinement un concept quasi théâtral (où pendant longtemps les actrices d’un certain âge pouvaient jouer les jeunes filles voire les jeunes garçons – cf Sarah Bernhardt), avec ses hauts et ses bas.

L’échange

Le récit commence en Estonie. La photo est exagérément brumeuse, et les couloirs filmés en grand angle donnent l’impression d’un décor étriqué. Tout est sombre et la palette de couleurs très limitée. On découvre Esther qui est une peintre déjà douée (c’était un de ses talents) écraser les autres patients qui font des dessins de niveau maternelle. Elle les utilise comme des chiens d’attaque contre les surveillants en contrepartie d’une friandise. Rapidement, Esther parvient à s’enfuir, tue son médecin, google le nom d’enfants disparus sur le net pour trouver une enfant à qui elle pourrait ressembler, et jette son dévolu sur une famille américaine bien comme il faut dont la petite fille Esther a mystérieusement disparu plusieurs années auparavant. Elle se retrouve en Russie (par la magie de quelques stock shots), avant que sa mère ne vienne la chercher. Pour Esther commence un parcours du combattant afin de ne pas trop dire de conneries qui pourraient la trahir. Son accent des pays des l’Est ? Elle reste mutique à ce sujet, et les psys mettent ça sur le compte du trauma. Avoir été kidnappée aussi jeune puis envoyée en Russie fait qu’elle ne parvient plus à parler en anglais sans accent. Et cette photo de « Mamie, avec son grand sourire » ? Esther voudrait trop la revoir. Malheureusement, la meuf est dead. Esther, honteuse, préfère fuir aux toilettes de l’avion qui la ramène aux Etats Unis pour se taper la tête contre les murs, furieuse d’avoir déjà commis un impair alors qu’elle n’a même pas posé le pied sur le sol américain. Elle prendra un shot de vokda dès que sa mère a le dos tourné pour se remettre d’aplomb. Quelques jours, plus tard, chez le psy, elle surjoue la satisfaction lorsqu’elle voit le perroquet dans le cabinet, sa mère lui avait rappelé combien elle adorait ce volatile surnommé Sydney. Las, « Sydney était un ara. Il était orange et quatre fois plus gros que celui-ci » constate la psychologue.  « Mais aujourd'hui, elle s'est adressée à ce perroquet en l'appelant Sydney, avec beaucoup d'assurance ». Et oui, Sydney est mort entre temps. Comme la mamie. « Pour moi, c’est comme si elle jouait la comédie » ajoute-t-elle en fronçant le sourcil. Le film se poursuit ainsi. Le père, jusqu’alors dévasté par la disparition de sa fille et incapable de s’en remettre, retrouve la joie de vivre. C’est un artiste peintre et il utilise une lumière UV pour faire apparaitre des motifs invisibles sur des tableaux à la lumière normale, référence aux peintures du même type que faisait Esther dans le film original. Esther a beau être sadique avec ses familles d’adoption, elle apprend de ses ainés.  Belle éloge de la transmission même si elle a ensuite une propension à vouloir coucher avec les pères de famille pour les remercier. La première partie répond partiellement aux zones d’ombres du premier film tout en étant un remake (même personnage, nouvelle famille). Pourtant le ton est étrange : il y a une sorte d’humour pince sans rire et loufoquerie dans les rapports entre les gens. La morphologie d’Isabelle Fuhrman varie beaucoup entre les plans selon les astuces utilisées, et ça se voit que c’est une adulte jouant une enfant. Ce n'est pas dérangeant, cela crée même une certaine forme d’inquiétante étrangeté, voire d’humour à cause du décalage. La famille elle-même est un peu bizarre : entre la mère glaciale, le père amorphe voire niais, le grand frère sportif et arrogant et ses camarades qui le sont tout autant, on se demande si Leena a choisi la meilleure famille d’adoption. Sa chambre d’enfant kitsch comme une bonbonnière parsemée de poupées anciennes poussiéreuses interrogerait même un peu sur leur état mental. « Pour moi c’est comme si elle jouait la comédie », on pourrait étendre ce propos à tous les personnages, au réalisateur, au film lui-même.

C’est alors qu’à mi parcours intervient un twist génial qu’on n’avait pas venu venir. Après qu’un policier qui suit Esther a failli mettre en lumière la supercherie, il est abattu... par la mère de famille. Elle était au courant. C’est son fils qui a tué accidentellement sa soeur des années avant et elle l’a aidé à maquiller le crime, par amour (seulement ?) maternel. Le « retour » d’Esther est une intervention divine pour leur assurer une couverture parfaite.

On se souvient des propos de Alfred Hitchcock sur la différence entre la surprise et le suspense. Deux amis déjeunent, une bombe explose, c’est une surprise. Un homme vient déposer une bombe sous une table de restaurant où deux amis se retrouvent pour déjeuner. Le spectateur sait qu’il y a une bombe mais pas les personnages. C’est du suspense. Ce twist d’Esther parvient à combiner les deux à la fois. Le spectateur a non seulement le plaisir de savoir qui est Esther et donc de jubiler à la voir pénétrer une famille innocente, mais le suspense est un paravent qui nous empêche de voir la surprise qui nous saute à la figure : cette famille, en tout cas la mère et la fille sont coupables et des monstres comme Esther. Ce retournement est génial pas seulement parce qu’il est inattendu. Il nous fait reconsidérer tout ce qu’on a vu et nous justifie la bizarrerie esthétique. C’est un film où tout le monde sait : le spectateur sait qu’Esther est une adulte psychopathe ; la famille aussi sait que ce n’est pas leur enfant. Finalement il n’y a que Esther qui n’est pas au courant de tout ce que les autres savent sur elle. William Brent Bell manie l’ironie avec agilité et son choix sarcastique d’une esthétique quasi-soap en la preuve.  

Ce twist permet aussi d’ouvrir les vannes de la folie furieuse. Esther (la fille de la famille) est comme revenue d’entre les morts, de ce puits où elle a été enterrée et dont l’ouverture ovale rappelle le trou dans la glace du lac gelé du premier film où Leena tombait. Le passé ressurgit : celui de la diégèse du film, avec la fille de la famille morte assassinée par son frère, mais aussi celui du spectateur qui se souvient avoir vu Leena mourir dans le film précédent. La temporalité de la fabrication des films est toujours plus importante que celle de la chronologie des récits. La preuve la plus évidente est que l’actrice a vieilli. Mais peu importe. Esther est là devant nos yeux cette créature de cinéma entièrement fabriquée naviguant entre deux prénoms, entre deux âges, entre l’art (Esther une artiste !) et la violence.

La seconde partie d’Esther 2 – les origines se transforme en jeu de chat et la souris totalement dingue et en satire au vitriol de la famille bourgeoise. Il faut voir Julia Stiles, ancienne star des teen movies, balancer à Esther qu’une « mère doit protéger sa famille quoi qu'il advienne. Notre famille descend des pèlerins du Mayflower qui ont construit le pays ». Le traditionnel schéma de l’étranger (russe !) qui vient corrompre la bonne famille américaine explose en vol. Et soudainement le spectateur de la prendre en empathie comme devant Psychose 2 (à ajouter à la liste du début), la suite du film d’Hitchcock où Norman Bates était empêché de se réinsérer par la méchanceté des autres. A cela s’ajoute un poil d’inceste et de visions grotesques démentes comme ce dentier pour simuler la machoire d’une enfant qu’Esther recrache bien salement devant le père médusé, comme une fille détacherait son chignon en hochant la tête pour libérer sa plus belle chevelure.

C’est là qu’on se rend compte pleinement du talent d’actrice d’Isabelle Fuhrman et du génie de cette décision de caster l’actrice adulte. Avec son goût pour le jeu, ses costumes outranciers, ce plaisir du travestissement, ses visages qui se démultiplient à l’infini (enfant, adulte, psychopathe, douce, gentille, garce et même starlette dans la scène de la voiture où l’heroine enfile ses lunettes noires au son de Maniac de Flashdance... comme une possibilité d’ouverture vers de nouvelles aventures), on comprend qu’elle est dans la droite lignée de ces comédiennes monstrueuses dans des films monstres entre Bette Davis dans Qu’avez-vous fait à Baby Jane ? et Faye Dunaway en Joan Crawford dans Mommie Dearest.  Ce n’est pas une lubie de notre part puisque dans le scénario, dans la description de la scène finale où Esther descend avec grandiloquence les escaliers de la maison en flammes, il est écrit qu’elle les emprunte comme « Norma Desmond », alias Gloria Swanson dans Boulevard du crépuscule et son finale grandiose.

-          Lumière ! Prête à tourner, Norma ?

-          Quelle est la scène ? J’allais oublier...

-          Vous descendez l’escalier du palais.

-          Oh oui, l’escalier, et en bas, la foule attend la princesse... Je suis prête.

-          Attention, moteur, partez !

[extrait de Sunset Boulevard, en V.F.]

Esther 2 est un grand film camp, ce mot intraduisible en français que l’auteur Pascal Françaix, dans son ouvrage somme consacré à ce qualificatif (Camp !, Marest édititeur), traduisait comme : « la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour pénétrer la sphère comportementale ». Slasher filmé comme un soap, éloge de l’acteur et de ses trucs, portrait d’une artiste aux confins de la folie, image diffractée d’une comédienne au travail, théâtre de l’outrance et saccage joyeux des valeurs familiales, si on était John Waters, dans la liste de nos films préférés de l’année établie tous les ans pour le site Artforum, on mettrait sur le trône la Queen Esther.

mercredi 31 janvier 2024

SILENT NIGHT de John Woo

 

   

« Cet enfant sur la paille endormi, c’est l’amour infini. »

John Woo revient à l’essence du cinéma des origines.

Non que Silent night soit en noir et blanc : c’est un film en couleur. Mais dans des couleurs pastel étranges qui le drapent d’un voile onirique.

Pas plus qu’il n’est muet. Quoique.

Le « high concept » du projet est qu’il ne comporte aucun dialogue, puisque non seulement son héros malheureux a été rendu incapable de parler après avoir reçu une balle dans la gorge, mais en plus, tous les autres personnages ne parlent pas non plus. Ils ne sont pas aphones, mais ils sont filmés avant d’avoir prononcé leurs répliques, ou après. Dans un souci d’équité, tout le monde a été calé sur le handicap du malheureux héros. Toutefois, John Woo ne s’arcboute pas maniaquement sur cette contrainte stimulante. La preuve ? On entend ici et là des messages radio de la police et les rugissements des acteurs dans les scènes de combat.

Et sans dialogue ne veut pas dire pour autant silencieux. Il y a de la musique, des chansons, des armes à feu qui crépitent et le moteur V8 de l’Interceptor qui vrombit. Silent Night mixe Mad Max, Punisher, Le grand silence voire le très beau Peppermint de Pierre Morel, auquel il ressemble beaucoup, et cinq cents DTV. Où l’on voit qu’il suffit d’un rien pour qu’une banale histoire de vengeance vue trop de fois devienne soudain une épure du cinéma d’action ASMR. John Woo, confiant en son style, ne compense jamais l’absence de dialogue par trop de bruit : chaque son est mûrement pensé et placé là où il faut pour assurer une efficacité maximale. Silent Night porte bien son titre : c’est un des films d’action les plus calmes jamais faits d’un point de vue sonore. Tout est doux, ouaté, et quand les gunfights s’engagent, le cinéaste chinois de retour aux USA fait durer les plans comme nul autre pour laisser l’action s’épanouir dans le cadre. Il y a quelque chose de l’ordre du geste pictural – pas étonnant que l’inoubliable femme du héros (Catalina Sandino Moreno [1]), pourtant esquissée en quelques plans diaphanes, soit peintre à ses heures perdues. La caméra du cinéaste a la souplesse et la grâce du pinceau sur la toile. Le tatouage du méchant sur son visage est, au choix, un dripping à l’encre (de Chine ?), de l’art abstrait ou du gribouillage semblable à ceux qu’on fait quand on essaie de faire fonctionner son stylo à bille sur une feuille. Dans tous les cas, il est sauvage et inoubliable.

Silent Night est un film intimiste (et triste), jusqu’à l’action qui semble se dérouler entre une rue et cet immeuble décrépi trônant tel un phare au milieu de la ville. C’est le repaire du méchant, là où se déroulera l’affrontement final. On est un peu surpris de voir Woo placer dans son loft aux murs ornés de fresques une œuvre d’art contemporain façon Atomium de Bruxelles, avec des boules métalliques en rotation entre elles. La fin fera même penser à l’Orb de Twin Peaks avec cette âme enfantine encapsulée dans une sphère, à mettre en miroir du ballon de baudruche de la scène d’ouverture pour signifier qu’une vie vient d’être enlevée, dans un hommage visuel au Ballon rouge d’Albert Lamorisse. On se rappelle alors que Silent Night est un film de Noël : cette tour est le sapin, l’œuvre d’art ses boules, et ce petit film-monde a la puissance évocatrice d’une comptine pour enfants narrée à la nuit tombée.

 

[1] Elle était l’héroïne de Maria, pleine de grâce ; la statue de la vierge à la fin de The Killer prend vie dans Silent Night.

mercredi 10 janvier 2024

Les traits tirés

 

            Quand mes deux premiers enfants sont nés, si des parents non mariés souhaitaient que leur enfant porte leurs deux noms, l’état civil ajoutait deux « tirets » entre leurs deux noms (c’est le terme qui fut alors utilisé par l’officier d’état civil)

Mes deux premiers enfants se nomment donc « Burton - - Taylor » , du nom de leur père et de leur mère. C’est formalisé ainsi sur leur carte d’identité. Ils sont nés après 2002, date à laquelle cette réforme avait été mise en place.  

Alors tiret-tiret (comme ce groupe de pop rock qui s’appelle Hyphen Hyphen) ou trait d’union- trait d’union (puisque c’est une union, mais double, ou alors, c’est le signe mathématique de la double soustraction qu’il faut lire, moins par moins = plus) ?

L’enfant a un double nom, ce qui va à l’encontre de ce mot comportant pourtant un trait d’union ; ce n’est pas à proprement parler un nom composé, mais l’expression de l’existence parallèle de deux individus, qui incidemment, ont eu des enfants. D’une certaine façon, l’état civil a raison de refuser le terme de trait d’union puisque ce terme est à réserver aux gens qui ont un prénom vraiment composé. Cela dit, pour avoir des enfants, il fallait tout de même s’unir, d’une façon ou d’une autre.

Quand mon troisième enfant est né, cette incongruité avait été corrigée (en 2009). Ce double tiret aberrant posait d’ailleurs des problèmes quand on remplissait des documents en ligne : il n’était pas reconnu par les systèmes et était souvent transformé soit en une sorte de segment horizontal (le faisant ressembler à long tiret [tiret cadratin] plutôt qu’à un gracile trait d’union), ou il était purement et simplement effacé pour laisser place à une concaténation des deux noms qui n’en formaient plus qu’un (évolution qui, pour les noms communs, tels que plate-forme/plateforme, ne se réalise qu’au bout de plusieurs décennies).  

Mon troisième enfant a donc un nom différent de ses frère et sœur, ce qui est une anomalie puisque les enfants d’une même fratrie sont censés devant l’état civil porter le même nom. Cela leur laissera l’occasion de prétendre ne pas appartenir à cette famille, et qui sait si on ne leur demandera pas raison sur la simple différence de graphie ? Ce double tiret supprimé a en quelque sorte créé une désunion entre lui et ses frère et sœur.

L’honnêteté oblige à dire qu’on nous a conseillé à la mairie de corriger cette aberration. Il faut remplir un document pour faire retirer le double tiret des deux premiers enfants. Mais ça fait dix ans que nous devons nous en occuper...  Laxisme, quand tu nous tiens !

*

Je lis ceci sur le site du gouvernement:

 

Comment enlever le double tiret du nom de famille

La rectification administrative s’effectue auprès de la mairie du lieu où a été établi l’acte. Si la suppression du double tiret concerne plusieurs de vos enfants, et que leurs communes de naissance ne sont pas les mêmes, vous devez déposer une demande dans chaque mairie.

Dans une décision du 22 juin 2022, le Conseil d’État a confirmé que les parents qui souhaitent que leur enfant porte leurs deux noms de famille accolés ne peuvent pas insérer un trait d’union entre eux.

On notera que le mot trait d’union est réapparu à la place de tiret… lorsqu’il s’agit de faire disparaitre le trait d’union !

Résumons : double tiret, puis trait d’union, puis plus rien. De quoi faire exploser la cellule familiale !

vendredi 29 décembre 2023

Top 2023

 
2. Terrifier 2 (Damien Leone)  
3. Padre Pio (Abel Ferrara)  
4. Detective Knight – Independence (Edward Drake)  
5. Les herbes sèches (Nuri Bilge Ceylan)
Empire of light (Sam Mendes)  
7. La main (Danny & Michael Philippou)
8. Flo (Géraldine Danon) 
9. Marlowe (Neil Jordan)  
10. La Romancière, le film et le heureux hasard (Hong Sang-soo) 
 
 &
 
The Plains (David Easteal) 
Dear David (John McPhail)
Mission : Impossible - Dead Reckoning, partie 1 (Chris McQuarrie) 
Grand Paris (Martin Jauvat) 
Shin Kamen Rider (Hideaki Anno) 
La montagne (Thomas Salvador)  
Reality (Tina Satter)  
L’été dernier (Catherine Breillat) 
 
Pourquoi John Woo en pôle position alors que son Silent Night est un banal film de vengeance tout juste customisé par son "high concept" (pas de dialogues) ? Parce que c'est un des rares films que je connaisse où chaque plan semble recouvert d'une fine pellicule onirique englobant l’œil du spectateur pour le plonger dans un monde qui ressemble au notre et qui parait pourtant irréel. Je ne vois que Maniac le remake qui atteigne cette puissance incantatoire.
Le couple formé par Joel Kinnaman et Catalina Sandino Moreno est tellement beau qu'on le croirait littéralement sorti d'un mélodrame - vraiment muet pour le coup - des années 1920. Personne ne filme avec autant d'intensité les yeux de ses acteurs que John Woo.
 
 

 





mercredi 4 octobre 2023

LIEBESTRAUM de Mike Figgis

"Qu'est-ce que ce bâtiment a de si particulier ? " "Il est en fonte. Un tel bâtiment est le chaînon manquant dans l'architecture américaine. Avant l'apparition des bâtiments en fonte, la hauteur d'un immeuble dépendait de l'épaisseur de ses murs extérieurs. Plus il était haut, plus les murs devaient être épais. On ne dépassait pas huit étages. La façade est faite de plusieurs tronçons assemblés par des boulons et accrochés à l'immeuble. Mais ce métal est lourd et doit reposer sur quelque chose. C'est pour ça que quelqu'un a eu l'idée d'utiliser une structure métallique pour soutenir le bâtiment plutôt que des briques et du mortier classiques. Avec une structure métallique, la tension s'exerce de manière horizontale. L'immeuble est soutenu à partir du centre. On peut donc monter aussi haut qu'on veut. D'où les gratte-ciels".

vendredi 4 août 2023

BOYKA - UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE

 

Teodora Duhovnikova
 

Scott Adkins est un artiste martial hors pair. Ce comédien anglais poursuit depuis une quinzaine d’années une carrière sans équivalent : d’un côté, on le voit régulièrement dans des blockbusters hollywoodien en tant que second rôle (Dr. Strange, Expendables 2, John Wick chapitre 4), de l’autre, il trône comme un roi au royaume du cinéma d’action et d’exploitation conçu pour le streaming et la vod. Son rôle le plus mémorable ? Celui de Yuri Boyka, dans la franchise Un seul deviendra invincible. Ce prisonnier russe tatoué et expert en free fight fait régner la terreur chez les autres détenus. Il a d’abord fait figure d’antagoniste dans Un seul deviendra invincible – Dernier round, avant d’endosser l’habit du héros dans les deux films suivant, entrainant un basculement de point de vue tout à fait original. Ce quatrième opus, le plus intense, voit ce héros tragique s’éloigner des combats clandestins en prison, et tenter de retrouver une vie normale à l’extérieur. Mais alors qu’il participe pour la première fois à une compétition officielle de M.M.A. , il tue accidentellement son adversaire. Dévasté, il apprend que le combattant laisse derrière lui une épouse éplorée, qui plus est à la botte de dangereux gangsters. Il va tenter de faire rédemption en la sortant de cet enfer, mais pour cela, il va devoir reprendre les combats clandestins. On n’échappe pas à son destin. Boyka – un seul deviendra invincible se tient en équilibre entre le plus beau des mélos de Mikio Naruse, Nuages épars - dans lequel un homme accidentellement responsable de la mort d’un autre tombait amoureux de sa veuve - et Bloodsport ou autres films de tournois d’arts martiaux des années 1980-1990. D’une limpidité parfaite, il est à notre époque ce que les westerns étaient aux années 40 ou 50, c’est-à-dire une grande œuvre morale et introspective qui se déploie dans le charme rassurant d’un environnement codifié... mais qui bastonne sévère !