A bientôt j'espère

(To Chris M.)

mercredi 4 octobre 2023

LIEBESTRAUM de Mike Figgis

"Qu'est-ce que ce bâtiment a de si particulier ? " "Il est en fonte. Un tel bâtiment est le chaînon manquant dans l'architecture américaine. Avant l'apparition des bâtiments en fonte, la hauteur d'un immeuble dépendait de l'épaisseur de ses murs extérieurs. Plus il était haut, plus les murs devaient être épais. On ne dépassait pas huit étages. La façade est faite de plusieurs tronçons assemblés par des boulons et accrochés à l'immeuble. Mais ce métal est lourd et doit reposer sur quelque chose. C'est pour ça que quelqu'un a eu l'idée d'utiliser une structure métallique pour soutenir le bâtiment plutôt que des briques et du mortier classiques. Avec une structure métallique, la tension s'exerce de manière horizontale. L'immeuble est soutenu à partir du centre. On peut donc monter aussi haut qu'on veut. D'où les gratte-ciels".

vendredi 4 août 2023

BOYKA - UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE

 

Teodora Duhovnikova
 

Scott Adkins est un artiste martial hors pair. Ce comédien anglais poursuit depuis une quinzaine d’années une carrière sans équivalent : d’un côté, on le voit régulièrement dans des blockbusters hollywoodien en tant que second rôle (Dr. Strange, Expendables 2, John Wick chapitre 4), de l’autre, il trône comme un roi au royaume du cinéma d’action et d’exploitation conçu pour le streaming et la vod. Son rôle le plus mémorable ? Celui de Yuri Boyka, dans la franchise Un seul deviendra invincible. Ce prisonnier russe tatoué et expert en free fight fait régner la terreur chez les autres détenus. Il a d’abord fait figure d’antagoniste dans Un seul deviendra invincible – Dernier round, avant d’endosser l’habit du héros dans les deux films suivant, entrainant un basculement de point de vue tout à fait original. Ce quatrième opus, le plus intense, voit ce héros tragique s’éloigner des combats clandestins en prison, et tenter de retrouver une vie normale à l’extérieur. Mais alors qu’il participe pour la première fois à une compétition officielle de M.M.A. , il tue accidentellement son adversaire. Dévasté, il apprend que le combattant laisse derrière lui une épouse éplorée, qui plus est à la botte de dangereux gangsters. Il va tenter de faire rédemption en la sortant de cet enfer, mais pour cela, il va devoir reprendre les combats clandestins. On n’échappe pas à son destin. Boyka – un seul deviendra invincible se tient en équilibre entre le plus beau des mélos de Mikio Naruse, Nuages épars - dans lequel un homme accidentellement responsable de la mort d’un autre tombait amoureux de sa veuve - et Bloodsport ou autres films de tournois d’arts martiaux des années 1980-1990. D’une limpidité parfaite, il est à notre époque ce que les westerns étaient aux années 40 ou 50, c’est-à-dire une grande œuvre morale et introspective qui se déploie dans le charme rassurant d’un environnement codifié... mais qui bastonne sévère !

 

 

jeudi 3 août 2023

DETECTIVE KNIGHT - INDEPENDENCE

Bruce Willis sur le tournage

Bruce Willis revient dans Detective Knight – Independence. C’est la troisième fois que l’acteur endosse l’uniforme du flic aux méthodes décriées par sa hiérarchie. Edward Drake nous emmène dans la Cité des Anges, à quelques jours des fêtes du 4 juillet, et suit au fil d’un récit choral les trajectoires d’individus solitaires. Dezi, un jeune ambulancier, est rongé par une aigreur grandissante face au « système ». Après un braquage de banque qui a mal tourné, il vole l’uniforme d’un policier mort pendant l’intervention. Habillé aux couleurs des forces de l’ordre et doté du badge du LAPD lui permettant d’ouvrir toutes les portes, il va faire régner la terreur dans la ville quitte à s’associer avec les pires criminels pour l’aider dans son projet de destruction dudit système. Alors que James Knight cherche encore à comprendre comment il a pu sacrifier sa vie de famille pour son travail, il est appelé en renfort pour le stopper avant que ne soient tirés les feux d’artifice de la fête nationale. Pendant ce temps, des gourous complistes déploient leurs discours viciés sur le net et attisent la haine des individus en perte de repères. 

Edward Drake multiplie les morceaux de bravoure entre le braquage inaugural entièrement filmé du point de vue d’un braqueur (comme dans un jeu vidéo FPS), ce moment où Dezi bascule psychologiquement, filmé en split-screen et pulsé par un morceau électro anxyogène et une poursuite finale hystérique en ambulance sur le freeway. Drake excelle également à capter l’âme de la ville, que ce soit dans un très beau générique quasi documentaire (au son d’un superbe morceau des Magnetic Peaks) sur les laissés-pour-compte à des scènes de bar où chacun vient noyer sa solitude en epérant trouver un peu de réconfort. Le fils de Val Kilmer, Jake, est épatant en maniac cop fragile sombrant dans la folie, et Bruce Willis nous émeut avec son éternel sourire ironique face aux viccisitudes de sa vie privée et sa coolitude légendaire lorsqu’il affronte les méchants.

 

mardi 1 août 2023

Pour une histoire alternative du cinéma

Travailler dans l'édition vidéo, c'est travailler sur des films qui ne font pas la Une des gazettes. Loin de OPPENHEIMER et Barbie, l'ouvrier oeuvre dans l'ombre sur des bandes moins mises en avant. Ce qui n'empêche pas de se prendre d'affections pour un certain nombre d'entre elles. Vis ma vie de responsable de projet vidéo.

lundi 2 janvier 2023

TOP 2022


 

Parmi les films vus...

1. Occhiali Neri (Dario Argento) - le plus émouvant
2. Esther 2 - les origines (William Brent Bell) - le plus hilarious 
3. Zeros and ones (Abel Ferrara) - pour les gestes des acteurs et les textures
4. Nope (Jordan Peele) 
5. Contes du hasard et autres fantaisies (Ryusuke Hamaguchi)
6. Avatar 2 (James Cameron)
7. The Northman (Robert Eggers)
8. Rifkin's festival (Woody Allen)
9. Men (Alex Garland)
10. Shin Ultraman (Shinji Higuchi)
11. Pacifiction (Albert Serra)
12. Les crimes du futur (David Cronenberg)


 

 

dimanche 13 novembre 2022

ZEROS AND ONES d'Abel Ferrara

Abel Ferrara a eu l'idée de ZEROS AND ONES pendant le premier confinement 2020. Exilé en Italie depuis plusieurs années, le cinéaste new-yorkais a imaginé une traque au terroriste dans les rues de Rome pendant qu'une pandémie a is la ville sous cloche. La Covid19 n'est pas mentionnée, et ce pourrait un tout autre virus qui a mis la ville à l'arrêt. Les véhicules militaires sont les seuls autorisés à parcourir les rues pour s'assurer que le confinement est respecté. A l'écran, les gens portent des masques et se versent du gel hydroalcoolique sur les mains. Ferrara a tourné ce film en équipe réduite, il lui a suffi de capter la réalité du monde dans sa caméra pour concevoir un film qui s'apparente plus d'une fois à de la science-fiction. Ethan Hawke a tout de suite eu envie de participer à cette aventure. L'acteur américain joue au moins deux rôles à l'écran : J.J. un militaire américain en mission à Rom, et Justin, son frère jumeau, un révolutionnaire qui veut faire exploser le Vatican. Mais il en incarne peut-être un troisième, lui-même ou au moins quelqu'un qui lui ressemble puisqu'Ethan Hawke intervient en introduction et en conclusion pour dire ce qui l'a poussé à faire ce film, puis ce qu'il a pensé du résultat, en quelque sorte des bonus intégrés au film lui-même ! Ce n'est pas la moindre des originalités de ce trhriller labyrinthique qui vous plonge dans les mystères technoïdes d'une nuit romaine sans fin.

jeudi 10 novembre 2022

THOR : LOVE AND THUNDER - critique

 



https://blog.starfix.fr/2022/08/23/thor-love-and-thunder/

Quand les fans détestent, on se dit qu'il faut absolument y aller...

 

Songes d’une séance d’été

Le quatrième épisode de Thor a suscité la colère d’une partie des fans, ceux-ci reprochant à Taika Waititi, réalisateur et scénariste, d’avoir brisé l’équilibre miraculeux qui faisait la force des films du M.C.U., cet alliage subtil fait d’humour et de tragédie épique (puisque même les héros peuvent mourir – voir Iron Man). Waititi aurait fait sombrer son film dans la pure parodie, crime de lèse-majesté absolu.

            Éliminons toute ambiguïté, et ne nous faisons pas passer pour ce que nous ne sommes pas. Les films Marvel ne provoquent en général chez nous qu’une indifférence polie, et nous les voyons de façon aléatoire, selon les circonstances. Mais, même s’il n’est pas impossible que la moitié des références aux autres histoires de cet univers partagé nous soient passées par-dessus tête, ce Thor : Love and Thunder, dont nous n’attendions rien, nous a enchanté.

            Reprenons. Thor 4 ne serait donc pas parvenu à maintenir l’équilibre entre humour et émotion. Le film va effectivement assez loin dans une accumulation forcenée de blagues potaches désamorçant systématiquement chaque situation dramatique. Alors que Valkyrie, la reine d’Asgard, fait étalage de ses armes tranchantes à Jane Foster, l’ancienne compagne de Thor, la vue d’une arme étrange de forme oblongue pousse celle-ci à lui demander s’il s’agit d’une grenade, et la guerrière de répondre que non, c’est son enceinte portative, et elle l’enclenche pour jouer « Family affair », le hit de Mary J. Blige. Zeus, le dieu le plus puissant de l’univers, sur lequel comptent nos héros pour les aider, est incarné par un Russell Crowe en mode « gérarddepardieuesque » (période Obélix), parlant avec un accent grec, idée plutôt géniale, ce type de rôle étant en général réservé aux comédiens britanniques (1). Taika Waititi se plaît à torpiller chacune de ses scènes potentiellement dramatiques avec des gags simplistes.

            Cette avalanche de comédie se situe pourtant dans un récit où la mort est frontale. Le film s’ouvre avec le décès par déshydratation et épuisement d’une petite fille dans le désert, ce qui causera un chagrin inextinguible pour son père, Gorr, « le boucher des Dieux » ; et il se termine par la disparition de l’amoureuse de Thor, Jane, emportée par le cancer qu’elle combattait de longue date. La faiblesse tout humaine de ces dieux est régulièrement mise en avant. Valkyrie décide de ne pas repartir à la bataille ; épuisée par l’ablation d’un rein, elle préfère rester en convalescence. Dans la scène finale, Thor demande à sa fille adoptive de mettre des chaussures appropriées de crainte qu’elle ne se fasse mal aux pieds pendant le combat. Thor retrouve dans un des mondes visités une ancienne complice asgardienne, Sif, gisant au sol grièvement blessée, amputée d’un bras perdu lors du combat. Elle s’interroge sur son avenir possible au Valhalla, le monde des morts. Thor lui répond, amusé, que pour se rendre là-bas, il faut être mort pendant le combat, ce qui n’est visiblement pas le cas puisqu’elle a encore la capacité de lui parler, avant d’ajouter que peut-être seul son bras coupé aura le droit d’aller au paradis des guerriers. Propos ironique qui rappelle toutefois une interrogation philosophique quant à savoir si la partie d’une chose peut être la métonymie du tout (le géant de pierre, Korg, a beau avoir le corps détruit et ne plus posséder que son visage, il est toujours Korg).

            Alors, à ce stade, nous pouvons constater que le réalisateur charge avec gourmandise les deux plateaux, celui de la comédie et celui du drame. Mais qu’est-ce qui fait que ce mariage des contraires nous semble si enthousiasmant ? Il faut peut-être en passer par la distanciation avec laquelle le cinéaste filme ces sentiments.

            La Nouvelle Asgard, située en Norvège, est devenue un parc d’attraction à ciel ouvert, parc modeste assez loin des fastes de Disneyland. Des visiteurs viennent boire de l’hydromel dans des bars ou font un grand huit sur un drakkar adapté en manège de foire (ce même manège, une fois débarrassé des fauteuils sécurisés en plastique, servira ensuite à nos héros, de navette pour naviguer sur des vagues stellaires). Dans les rues, des saltimbanques donnent des spectacles. On découvre – reprise d’un gag de Thor : Ragnarok – des comédiens en train d’interpréter une pièce relatant les exploits de Thor (joué astucieusement par le frère de Chris Hemsworth, Luke) et de son frère Loki (cameo savoureux de Matt Damon), tandis que les observe Odin (Sam Neill affublé d’une barbe de père Noël). Les acteurs grossièrement grimés prennent un malin plaisir à cabotiner dans un spectacle de facture simple : le marteau de Thor ressemble à un jouet et se déplace dans les airs grâce à un fil bien visible manipulé en coulisse par un technicien. La mise en abyme est tout à fait savoureuse mais elle prend une dimension encore plus forte ici : le film que nous voyons n’est pas si éloigné de cette mise en scène rudimentaire. Il y a de l’argent pour effacer le fil du faux marteau, mais le « vrai » marteau de Thor n’en a pas pour autant l’air moins factice ; quant à l’apparition de Sam Neil en Odin, elle n’est pas moins extravagante que celle de Russell Crowe en Zeus. Marvel offre 200 millions de dollars à son réalisateur pour réaliser un spectacle dont la vocation est la même que celle de ce théâtre de rue : il s’agit de divertir les foules avec des mythes séculaires ; de provoquer le rire et les larmes quitte à avoir la main un peu lourde pour susciter ces émotions. L’excès est là pour compenser une production rudimentaire.

 

            Le théâtre a cette capacité de nous projeter dans un royaume sur quelques planches et une chaise pourra faire office de château fort. Le cinéma s’est a contrario toujours donné pour mission de rendre les environnements réalistes même s’ils sont fantaisistes. C’est là que Waititi parvient à retourner à son avantage un des grands défauts des films Marvel – leur absence d’environnements charnels. La plupart des films du studio se déroulent dans des lieux indéfinissables ou passe-partout (bureaux, tarmacs d’aéroports, vaisseaux plongés dans la pénombre). On sait que le cinéma invente, recrée, truque, et que les mondes merveilleux que nous voyons à l’écran sont fictifs. Cela n’a pas empêché des milliers de spectateurs du Seigneur des anneaux d’avoir l’envie de voyager jusqu’en Nouvelle Zélande pour découvrir les paysages verdoyants où se déroulaient les aventures des Hobbits. Même Harry Potter, tourné en studio à Pinewood, a donné naissance à une attraction que l’on peut visiter, car qui n’a pas eu envie de toucher le bois de l’école de Poudlard ou de sentir son atmosphère de collège anglais ? Je doute que pareille chose soit possible pour un film Marvel. Qui aurait envie de visiter le QG du Shield, aussi glamour qu’un espace de bureaux à louer dans une zone industrielle ? Thor : Love and Thunder semble partager avec nous ce constat puisque ce parc d’attractions paraît bien fade avec ses manèges de station balnéaire. Mais Waititi nous dit que le décor n’est pas si important, que tout est faux, mais que cela n’empêchera aucun spectateur de projeter son imaginaire dans ce récit épique où des Dieux s’affrontent dans plusieurs dimensions et sur des planètes parfois aux couleurs éclatantes, parfois en noir et blanc. Il faut juste y croire. Le récit multiplie les situations de mise en scène. Gorr raconte aux enfants son histoire qu’il a adaptée comme le ferait un conteur ; à plusieurs reprises, le récit est coupé par des montages dans lequel un narrateur introduit des récapitulatifs des événements passés. Le réalisateur semble prendre un malin plaisir à mettre en relief son amour du récit (2).

            Waititi ne se contente pas de nous montrer les coulisses de la création et de la mettre à nue. Ses personnages eux aussi naviguent entre deux univers, celui de leur « réalité » et celui du mythe. Jane est le personnage qui passe le plus souvent d’une dimension à l’autre. Dans la vie réelle, c’est notre monde qui est dépeint. Jane ne cite-t-elle pas pour expliquer le concept du trou de vers une scène fameuse d’Interstellar de Christopher Nolan et également celle, identique et antérieure, d’Event Horizon de Paul W.S. Anderson, référence autrement moins noble (un papier, deux points, on superpose ces deux points en pliant la feuille et on fait un trou avec un stylo pour les faire se rejoindre) ? Jane, une scientifique cinéphile ! Lorsqu’elle devient Mighty Thor, l’alter ego féminin du dieu viking, elle se transforme en guerrière valeureuse dotée de superpouvoirs (ce qui n’empêche pas son cancer de progresser). Elle monte sur scène pour jouer un rôle en quelque sorte – elle porte un masque comme dans la commedia dell arte ou le théâtre antique. Tout est faux, donc tout est vrai, et le spectacle peut mélanger l’humour le moins subtil avec le drame le plus poignant. Le premier épisode de Thor signé Kenneth Brannagh avait une ambition shakespearienne trop manifeste vu la filmographie du cinéaste, ce qui rendait le récit un peu lourd ; Thor : Love and Thunder est aussi à sa façon un éloge du théâtre ; derrière ce blockbuster au budget faramineux se cache un retour aux sources salvateur – une pièce antique dans une version adaptée à l’air du temps (c’est-à-dire plus courte et plus colorée) avec les moyens d’un spectacle de rue où l’humour le dispute à la tragédie. Love and Thunder ou le Rire et les Larmes.

            Et nous d’applaudir la troupe lorsque le rideau tombe.