A bientôt j'espère

(To Chris M.)

lundi 3 septembre 2012

Chris Marker / Electronic


Sur Youtube, on trouve enfin le clip original de Get Away With It d'Electronic, le groupe de Johnny Marr et Bernard Summer (rejoint sur ce titre par Neil Tennant). Original enfin presque, puisque ce clip, réalisé par Chris Marker, a semble-t-il déplu au groupe qui l'a remonté et l'a expurgé des plans dans lesquels on voyait Catherine Belkhodja, en cappeline noire, errée dans un parc. Ceux sont ces séquences qui seront ensuite intégrées dans Level 5 (1996). Le résultat est donc un simple enregistrement du groupe en studio interprétant le morceau, ce qui n'empêche de receller de jolies moments comme ces moments de latence au début et à la fin du morceau où la caméra s'attarde sur les visages.

http://www.youtube.com/watch?v=46z4K-tV_Io

Le clip fut ensuite retourné pour le marché US par un autre réalisateur, c'est cette version qui fut la plus souvent exploitée. Les deux clips étaient produits par Michael Shamberg, producteur des clips phares de New Order. Shamberg est également le réalisateur d'un unique long-métrage, rarement montré, Souvenir (1996), tourné à Paris, starring Laurence Côte, Melvil Poupaud, Hugues Quester... Certaines images retouchées par ordinateur sont dûes à Chris Marker.

Souvenir de Michael Shamberg





mercredi 15 août 2012

Holy Motors ; Holy Paris


Les lieux de tournage de Holy Motors, en vrai.

- Le talent de Carax serait-il essentiellement musical ? La première moitié de Holy Motors, passée la magnifique introduction, parait laborieuse, dépourvue des fulgurances de mise en scène dont Carax a le secret. Il suffit de comparer la partie Monsieur Merde au Père Lachaise avec Merde à Tokyo pour mesurer la déperdition qualitative. Toute la première partie du film est quasi dépourvue de musique. Et les plans de Carax, sans la musique pour les accompagner, paraissent inhabités, en deça de l'ambition affichée. Le brio du cinéaste éclate pourtant à la faveur de l'entracte, fabuleux plan séquence suivant Lavant rejoint par une dizaine de musicens entonnant un morceau de blues, Let my baby ride de R.L. Burnside, version accordéon de façon enflammée. Quelles autres scènes retient-on de Holy Motors ? La chanson de Kylie Minogue bien sûr, déchirante. Lavant rentrant chez lui au son de "Revivre" de Manset (c'est la première fois qu'une chanson du grand Gérard est ainsi utilisée dans un film). "On croit qu'il est midi, mais le jour s'achève. Rien ne veut plus rien dire, fini le rêve". Impossible de ne pas avoir le frisson. Un prologue, trois scènes mémorables, après tout cela suffit à faire de Holy Motors un film inoubliable.


- Quel plaisir que de flaner dans Paris en ce mois d'août, dans ce qui constituent les lieux de tournage de Holy Motors. Paris y est utilisé comme un décor de cinéma majestueux englobant quasi totalement l'univers  du film. Et dans ce Paris déserté, on se sent comme un voyageur arpentant sa propre ville.


- En voyant Holy Motors, on a beaucoup pensé à la bande-dessinée de Blutch Pour en finir avec le cinéma. Les singes, Piccoli, le voyage dans le cinéma...



- Une pensée ce jour pour Katerina Golubeva auquel Holy Motors est dédié.



jeudi 2 août 2012

Les obsèques de Chris Marker


Guillaume-en-Egypte, apporté par Agnès Varda, au crématorium du Père Lachaise

Chris Marker s'en est allé nous laissant orphelin.

J'ai rêvé longtemps de le rencontrer, je lui avais même demandé naïvement il y a quelques années de pouvoir le voir. Marker avait décliné, mais sympathiquement, en prodiguant quelques bons conseils au passage.

Etrange que la première fois que je m'approche de lui, c'est pour toucher son cercueil.

Ses obsèques ont eu lieu ce jour, au crématorium du Père Lachaise.

Parmi les gens présents pour lui rendre un dernier hommage, on a pu reconnaître la muse de Marker, l'inoubliable héroïne de de Level 5, Catherine Belkhodja,  Agnès Varda, Marina Vlady, Alexandra Stewart, Arielle Dombasle, Yves Simon, Isild Le Besco, Maïwenn Le Besco, Pierre L'Homme, Lolah Bellon, Kim Shapiron, Florence Dauman, Costa-Gavras et Romain Gavras, Noel Simsolo, Bernard Eisenchitz, Jimmy Glasberg, Thoma Vuille (M. Chat)... mais aussi beaucoup de proches n'ayant pas forcément de liens directs avec le cinéma.

La cérémonie fut simple : Catherine Belkhodja lut un beau texte écrit de sa main, dans lequel elle évoquait l'éloignement de Marker ces derniers temps, parti en traitement à l'hôpital, duquel il donnait de rares nouvelles mais envoyait des photos des jolies intérimaires qui s'occupaient de lui. Marker, homme secret, était vraisemblablement resté discret sur sa maladie.  

Arielle Dombasle, élégante sylphide dans son pantalon et son corset noirs chanta a capella une chanson en espagnol.

Alexandra Stewart lu un extrait de THE HOLLOW MEN de TS Elliot.

Noel Simsolo dit "Chris m'appelait parfois et me demandait "Où peut on trouver un magasin qui vende du temps"".

Une jeune femme émue cita le propos de Remo Forlani "Marker c'est l'homme invisible en plus discret".

La danseuse contemporaine Maroussia Vossen se lança dans une danse triste autour du cercueil.

Isild Le Besco dit "Tu vas nous manquer".

Catherine Belkhodja revint pour dire "Toutes les fautes sont pardonnables, sauf les fautes d'orthographe" (sic).

Un grand quadragénaire lut un poème en russe.
Costa-Gavras remercia le docteur qui s'était occupé de lui ces six derniers mois.

Et de la vodka au poivre, apportée par la réalisatrice Claude Bagoë-Diane, fut offerte à tous les gens présents à la mémoire de Chris.

Chris Marker est mort dimanche dernier, le jour de son anniversaire, chez lui, devant ses ordinateurs.

"J'ai essayé de jouer au jeux de Marienbad l'autre jour. Au bout de quelques coups, l'ordinateur m'a laissé un message. "J'ai déjà gagné, mais on peut continuer à jouer si ça vous amuse".  La Mort pourrait dire ça.."
LEVEL 5


mercredi 18 juillet 2012

L'atelier des Compères


L'Atelier des Compères est un restaurant sis 56 rue Galilée, dans le Huitième à Paris. On y trouve cette affiche du film de Francis Veber dédicacée par Pierre Richard :

"Je suis ici, comme chez moi !! D'ailleurs je ne rentre plus chez Moi!"

samedi 23 juin 2012

jeudi 26 avril 2012

Cap Nord

Sandrine Rinaldi ne perd pas le Nord et tient le cap. Il n’y a quasiment aucun moment sans musique, Cap Nord donne ainsi l’impression d’être construit autour de sa sublime playlist composée de 24 morceaux de Northern Soul. Ce n’est pas non plus un clip, puisque les gens à l'écran sont doués de parole. Mais une parole affectée, irréaliste, composée de textes de chansons traduits en français ou d’extraits d’ouvrage de Dickens. Il y a évidemment un côté India Song à ce film très littéraire par ses dialogues, énigmatique par ces corps étranges qui se meuvent d’une façon dont a du mal à percevoir la logique et musical. Comme dans le film de Duras, on a l’impression que tous ces gens jouent un rôle dont on n’est pas sûr qu’il soit le leur.
Je dois confesser avoir vu le film en DVD, avec les sous-titres anglais, qui désignent clairement leurs provenances littéraires ou musicales. Visionner ainsi Cap Nord avec des mots incrustés sur l'écran lui confère un côté karaoke qui lui sied à merveille : d'ailleurs, dans une scène, les acteurs se mettent frontalement à fredonner un des morceaux en play-back. Et cela a le charme de rajouter une couche de "narration" à une œuvre qui en compte au moins trois niveaux de récit qui cohabitent harmonieusement mais sans vraiment se mélanger : la bande son musicale, les paroles, les corps.

Et puis, ce n’est pas forcément la chose la plus évidente à la vision du film, mais il y a de l’humour dans Cap Nord : les chorégraphies Northern soul virent parfois au breakdance. Les invités prenent une pose et jouent à des jeux étranges (donner son mot préféré et répondre par un mot détesté). L’emphase des dialogues apporte un côté amusant lorsque le propos n’a vraiment rien à voir avec la scène en question ("Il a la grâce fine et frêle"). Ce qui n'empêche pas à ce dialogue d'être in fine émouvant et profond lorsque l'amour y est décrit avec grâce et précision (les amants du jardin).
En voyant Cap Nord de Sandrine Rinaldi, j’ai parfois pensé à David Lynch et plus particulièrement à INLAND Empire. La première fois que cette connexion m’a frappée, c’est lorsque le couple qui part de la fête se trouve dans taxi, l’homme s’endort sur l’épaule de sa compagne ; en surimpression continue la soirée dansante qui bat son plein depuis le début du film. Que ces espaces disjoints coexistent ensemble aussi longtemps donne à la scène la teneur d’un rêve. Les lieux se mélangent, l’esprit d’un lieu antérieur continuant d’habiter le nouveau. Et pour lier le tout, la bande originale composée de « Northern Soul » qui se poursuit inextinguiblement. Lynch est le grand cinéaste des univers parallèles qui se croisent parfois par la grâce du montage ou lié par la musique. Durant cet instant, une sorte de vertige fantastique s’empare de Cap Nord.
Souvenez-vous ensuite du générique de fin de INLAND Empire : une chorégraphie endiablée et légèrement saugrenue au son du Sinnerman de Nina Simone s’engage, tandis que des acteurs, appartenant au film (Laura Dern) ou pas (Laura Harring) assistent au spectacle. Images vidéo. Lumières tamisées. Teintes rougeâtres. Cap Nord donne parfois l’impression d’être une variation sur ce générique de fin.

Plaisir de la danse. Corps en attente. Frôlement. Poses marmoréennes. Plaisir du geste. Et jouissance des chansons qui inondent l'image et modifie notre perception de celle ci comme l'eau de la rivière modifie la forme des cailloux au fond de l'eau. Ce film coule de source.

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Notes (à propos des) critiques
- le film compte parmi ses acteurs une des fines plumes de Mad Movies, Gilles Esposito. Preuve que ce film est mad.
- Les cahiers du cinéma ont étrillé Cap Nord. On reproche parfois aux journalistes le copinage… avouons que la loyauté est une valeur à nos yeux supérieures encore, et constater qu’une des meilleures critiques de la revue dans les années 90 (sous le beau nom de plume Camille Nevers) soit traitée de façon aussi lapidaire pour un film aussi singulier nous laisse un gout amer.

lundi 16 avril 2012