A bientôt j'espère

(To Chris M.)

mardi 14 octobre 2014

THE MYTH OF THE AMERICAN SLEEPOVER de David Robert Mitchell






Premier film du jeune cinéaste David Robert Mitchell, The Myth of The American Sleepover recense les images séminales du teen movie américain : courses dans les couloirs du lycée, fêtes nocturnes où les rapports amoureux se jouent, errances à vélo dans des rues d’un quartier pavillonnaire, communication avec les esprits autour d’une planche Ouija… Le cinéaste synthétise les différentes approches que le cinéma a pu donner du genre, de la comédie euphorisante à la John Hughes (Breakfast Club) jusqu’à l’errance atmosphérique du séminal Dazed and Confused de Richard Linklater, voire du cinéma fantastique, la puissance onirique de ses images filmées dans un superbe cinémascope n’étant pas sans rappeler Halloween de John Carpenter. Ces références ne font pas pour autant de David Gordon Mitchell un cinéaste citationnel. Ces images fortes et déjà ancrées dans le spectateur, des archétypes donc, sont la condition sine qua non de la construction du Mythe, en l’occurrence celui de l’Adolescence, ce moment vanté comme celui de tous les possibles. 

A suivre / It follows. 

lundi 29 septembre 2014

La mort de Laurie Markovitch de Bertrand Bonello




Un long travelling nous fait croiser dans cette forêt nous fait croiser quelques personnes, qui marchent ou qui sont tranquilles.
Toutes ces personnes ont le visage bandé.
(Extrait du scénario inédit de La mort de Laurie Markovitch, de Bertrand Bonello, aux éditions Les prairies ordinaires) 

Sachant que le film aurait dû être tourné à Montréal, qu’il montre un univers à la fois contemporain mais visiblement situé dans un futur proche, que la chirurgie esthétique est son outil et que les visages bandés des patients hantent les arrières plans, le  film auquel La mort de Laurie Markovitch de Bertrand Bonello fait indéniablement le plus pensé, c’est STEAK de Quentin Dupieux. 
Le scénario a été écrit bien avant que Steak ne sorte. Bonello doit être un fan du résultat puisqu'il l'a classé  dans ses dix films préférés des années 2000-2009, classement paru dans Les Cahiers du cinéma. 
Contrairement à Laurie Markovitch, Steak ne recherche pas particulièrement le drame et le lyrisme. Pourtant des deux films suintent une vision terrifiante de notre monde où même la vie intérieure est bouleversée par les changements physiques et esthétiques. 


The Ballad of Gnesis and Lady Jay

David Fincher / Bertrand Bonello / VERTIGO




David Fincher, à propos de VERTIGO
(Interview parue dans Film Comment, septembre 2014)
« J’ai toujours trouvé que ce film [VERTIGO] ne racontait pas le bonne histoire et qu’il aurait été plus intéressant de suivre cette femme qui rencontre cet homme (Gavin Elster), tombe amoureuse de lui, et lui de dire un jour « Et, est ce que tu veux t’habiller comme ma femme, te balader dans des musées, te jeter dans à l’eau de la baie, laisser un étranger te déshabiller et te garder dans son appartement tout un après midi, rouler avec lui jusqu’à Santa Cruz pour me retrouver ensuite en haut d’un toit ? ». Donc elle grimpe en haut de ce toit sachant que le gars qui l’a conduit-là ne peut la suivre en haut des escaliers, tout ça pour que son amoureux jette du haut du toit sa femme morte, et lui dise « maintenant tu es impliquée jusqu’au coup. Tais-toi, et voilà un bijou en compensation ». Ca ressemble à un film encore plus tordu”. 

Cette version du film, Bertrand Bonello a voulu l’écrire et la réaliser. De ce projet avorté reste aujourd’hui un scénario – co-écrit avec Stéphane Delorme des Cahiers du cinéma (*) - qui vient de paraître, dans le livre « Les films fantômes de Bertrand Bonello », et une adaptation radiophonique sur France Culture (starring Clotidle Hesme et Mathieu Amalric). Madeleine d’entre les morts, c’est le nom de ce film jamais tourné, qui devait se déroule en France, comme le roman d’origine. Il parait toutefois que Uma Thurman eut donné son accord avant de ne plus donner signe de vie. Le scénario donne peu d’indications sur les endroits où il devait être tourné. Peu importe, son socle, c’est Vertigo d’Alfred Hitchcok dont il reprend des scènes entières mais filmées du point de vue de Judy/Madeleine ou de loin (comme la scène des séquoïa), comme observé par un spectateur qui connaitrait déjà la scène originale. Le dialogue Judy/Scottie est souvent remplacé par une scène se déroulant antérieurement entre la jeune femme et le mari meurtrier (Paul dans le scénario) répétant la scène et le dialogue à l’identique qui devra être jouée plus tard pour duper l’enquêteur.
A la lecture du scénario, il est difficile d’imaginer quel film cela aurait pu être. Le scénario est avare en contextualisation, alternant longues scènes dialoguées où Paul met en scène son actrice et déambulations dans la ville (avec la particularité que les séquences de filature sont filmées du point de vue de la personne filée, elle ne voit donc jamais son suiveur, puisqu’il est derrière elle), et n’explique pas vraiment l’inexplicable, c'est-à-dire comment une femme peut accepter par amour de participer à une machination aussi diabolique et tirée par les cheveux.
Le fantôme de ce récit, c’est la mise en scène que Bonello. Quelle aurait-elle été ?


(*) et rédacteur d’un pamphlet pour les lycéens consacré à Vertigo, trouvable sur l’Internet.

lundi 15 septembre 2014

DIRECTED BY SYLVESTER STALLONE written by Jean-Christophe HJ Martin




C’est un recueil de huit nouvelles. Sylvester Stallone, ou plutôt ses films, apparaissent dans chacune d’entre elles. Mais Stallone et ses films ne sont jamais leur sujet premier, excepté peut-être le dernier texte dans lequel le personnage principal décide de transformer Expendables en franchise littéraire. Parfois, son rôle est même très secondaire. Dans la nouvelle Struttin’ , le film de référence est Staying Alive, réalisé par Sly, mais ce qui passionne son héros adolescent, c’est John Travolta et sa démarche chaloupé. Dans la nouvelle There is tomorrow, le héros, après avoir vu Rocky 3, se prend non pour le héros éponyme mais pour Mister T, dont il reproduit la coupe de cheveux iroquois.  Dans Win… Win !, Rocky 2 va l’obséder, mais pas le film, seulement  la bande originale de Bill Conti, et encore uniquement deux morceaux (Redemption et Overture).
Le héros de chacune des nouvelles n’est jamais le même, et pourtant, on a l’impression d’avoir à faire à chaque fois au même individu. Un homme cultivé, globalement plus passionné par la musique que par le cinéma, globalement inconséquent, à une période de sa vie où il semble entre deux eaux.  Le héros There ain’t nothing till it’s over  se retrouve à passer quelques jours à Rome, là où il vécut des années avant en dilapidant un héritage familial, flânant sans but précis dans la ville. Celui de Win… Win ! est un journaliste pour un quotidien local abimant son talent selon ses proches, sans que cela ne l’affecte particulièrement. La dépression n’est pas loin, ou a déjà eu lieu, mais son souvenir ne s’est pas évanoui.
Ce héros est monomaniaque. Il va voir 14 fois Rocky 2 pour écouter les deux chansons qu’il aime de la BO avant de se procurer le disque. Il visionne 250 fois John Rambo dans l’apocalyptique Fuck the world où un homme vit reclus dans une école, après la Chute, avec pour seul film disponible sur sa clé USB le dernier épisode en date de la saga. D’ailleurs c’est souvent le hasard qui l’amène à voir les films de Stallone. Il accompagne des amis au cinéma. C’est le seul film disponible à l’instant où il veut voir un film. Le héros ne considère même pas ces films comme des chefs d’oeuvre. Il défend mollement Rocky 4 face à une amoureuse méprisant ce film –dont elle n’a vu que des extraits, au nom de l’impéralisme américain qu’il véhiculerait. Il s’étonne qu’une femme de gauche comme elle  méprise celui qui est l’incarnation du « Working Class Heroe ».  Dans la nouvelle inaugurale, il propose à des amis musiciens de projeter derrière eux lors d’un concert-installation des extraits de La Taverne de l’enfer , bien qu’il n’ait « rien d’exceptionnel ». Ce film est même destiné à remplacer  leur premier choix, La cicatrice intérieure de Philippe Garrel, qu’ils n’ont pu obtenir à un tarif acceptable !    
Stallone est là parce que Stallone est dans nos vies depuis toujours. Il a réussi à échafauder un mythe dont il continue à être le grand ordonnateur. Peu importe la réussite ou non de ses films (plus non que oui d’ailleurs), ce qu’on aime chez Stallone, c’est lui. On l’aura vu animal conquérant (Rocky) et animal blessé (Rambo), héros arrogant (Rocky 4) ou héros nostalgique (Expendables). Stallone est un personnage polymorphe dévoilant toute la complexité humaine du prolétaire devenu riche. Qui plus est , cette dialectique s’incarne dans un corps mutant. Il offre un parfait miroir déformant aux héros des nouvelles, lui plus cérébral que physique, plus pusillanime qu’offensif.
De ces nouvelles pleines d’humour et écrites d’une plume alerte et imagée sourd pourtant une angoisse face au monde. Life is a disease. Is Stallone the cure ? 

Directed by Sylvester Stallone
Editions Lettmotif