A bientôt j'espère

(To Chris M.)

mardi 18 septembre 2012

La Terre tremble (c'est ce qu'elle a de mieux à faire)


Roland Garros, finale, 1989 : Ivan Lendl vs Michael Chang.
Sébastien Betbeder est un cinéaste français passionnant, auteur de plusieurs moyens-métrages et de deux longs-métrages (courts), l’un sorti discrètement en 2007, Nuage, l’autre à venir (Les nuits avec Théodore, en fait la version étendue de son moyen métrage Je suis une ville endormie diffusé sur Arte en juin dernier). Il est également l’auteur de fictions radiophoniques qui recoupent ses obsessions ainsi qu’on l’entend dans La Terre tremble (c'est ce qu'elle a de mieux à faire), 4 épisodes de 24 minutes, diffusés sur France Culture en 2008.

Deux frères : Bastien tente de finir son premier roman ; Roman, tennisman professionnel, craque et abandonne en plein match sa carrière devant un public médusé. Leur père meurt soudainement d’un arrêt cardiaque. Les deux frères regagnent Bordeaux chacun de leur côté, Bastien avec sa compagne Chloé, Roman prend le train et fait la rencontre d’Aurélia, qui a quitté son mari pour retrouver un ancien amour sans savoir ce qu’il est devenu ni même si elle est encore amoureuse de lui. Arrivée à la maison familiale, retrouvailles avec la mère (Aurore Clément) qui raconte les derniers instants du père (joué par Michel Robin). Rencontre avec un ami du père défunt, sismologue vivant au Japon et père d’une fille, Kaori, qui habite en France. La nuit avant l’enterrement, la petite équipe va rester la nuit, prêt de la forêt à guetter l’apparition de moines légendaires qui font effectivement leur apparition. Michael Chang, l’idole de Roman, celui à cause de laquelle il avit décidé à douze ans de devenir tennisman, apparait également pour l’inciter à avancer dans la vie…

Sur le papier, l’histoire a l’air rocambolesque. C'est parfois même assez déroutant tant Betbeder multiplie les signes presque pittoresques pour en faire des choses assez simples au final : le sismologue, la fille franco japonaise, le frère tennisman, une légende liée aux moines associée à une seconde légende les concernant, un roman qui ne trouve pas sa fin...  Tous ces éléments frappants ne trouvent pas forcément de raisons d'être et fonctionnent plutôt comme des outils destinés à mettre en éveil les sens de l'auditeur. L'approche de Betbeder est très douce, presque chuchotée, tout semble normal et évident, même l’apparition du tennisman américain qui mit Ivan Lendl en déroute lors d'une finale mythique à Roland Garros. Betbeder cherche à montrer l’invisible et celui prend soudain une forme réelle pendant quelques instants, comme si nous étions entourés de fantômes qui émergent dans certaines circonstances. La mort n’est pas si grave. Le père existe ainsi dans la fiction puisqu’on l’entend dans des flash-back. Contrairement au cinéma où le flash back est souvent clairement montré comme un moment du passé par un indice visuel quelconque (couleurs délavées ou en noir et blanc) à la radio, la voix est au présent et donne donc l’impression que le personnage est tout aussi là que le sont les héros, les moines spectraux ou Michael Chang. Le monde de Betbeder est dans cette façon de faire se rencontrer des mondes parallèles avec une évidence presque banale.

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