A bientôt j'espère

(To Chris M.)

vendredi 21 septembre 2018

Le temps engloutit tout - Peppermint

L'ange exterminateur

Des films de vengeance, on en a vu. Non que Peppermint soit plus original que les autres, il n’y a rien dedans qu’on ait déjà vu ailleurs, mais tout de même, sa "minéralité" impressionne. Pas de pathos, pas de sentimentalisme, pas de justification. Pierre Morel ne perd pas de temps à expliquer le pourquoi du comment. Dans la série Alias, Jennifer Garner était étudiante le jour et super héroïne la nuit. Dans Peppermint, elle est mère de famille très sage au début, ange de la mort aux pouvoirs quasi surnaturels après que son mari et sa fille aient été assassinés. Basta. Un flic se demande d’ailleurs, sous-entendant que ce n’est pas possible sans qu’il y ait une raison cachée à cela, comment une femme lambda a pu se transformer en machine à tuer. « C’est comme ça ! » répondent en chœur Pierre Morel et Jennifer Garner. On est au cinéma, on fait ce qu’on veut. Comme si on avait demandé à une même actrice d’incarner deux rôles différents. L'ellipse de cinq ans qui intervient après quinze minutes de film a tout englouti dans les replis du temps. Même le flic aidant du début est devenu un fonctionnaire fatigué désormais dépourvu de sens moral. Cette absence de transition étonne et rend le film imprévisible bien qu’il soit très simple. Au bout de vingt minutes, Jennifer Garner a déjà éliminé les assassins de sa famille. Reste pourtant une heure de métrage. Que va-t-il se passer ? On attend le moment où le récit s’arrêtera pour se confondre en explications, en flash-back, en dialogues tentant tant bien que mal de rationaliser l’irrationnel. On attend le moment où le vernis va craquer et la mère de famille meurtrie s’effondrer en larmes retrouvant son visage originel le temps d'un instant. Mais non, cette femme là n'existe plus. Peppermint et son héroïne avancent droit devant, défouraillant tout sur leur passage. On regrettera seulement une scène finale affreuse et incohérente avec le reste qui ressemble furieusement à un reshoot post projection-test ; dommage, la fin, la vraie, avec ce gros plan sur son héroïne fatiguée et abîmée gisant devant la tombe de sa famille, était magnifique.

Pierre Morel

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