A bientôt j'espère

(To Chris M.)

jeudi 11 décembre 2014

LA VENGEANCE D'UNE FEMME de Rita Azevedo Gomes




Une des images symboliques de l’amour est le dieu Cupidon décochant une de ses flèches d’amour. Elle est reprisse telle quelle dans La vengeance d’une femme mais avec une signification tout à fait différente. La scène arrive au milieu du film. Jusque là, on a vu un dandy libertin flâner dans des salons mondains quelque part au Portugal pendant le 19e siècle, faisant la cour aux jeunes femmes qui se présentent à lui. C’est filmé comme un film de Manoël de Oliveira, dans des décors désignés comme tel tandis que les murs sont recouverts de toiles peintes. L’homme se fait entrainer la nuit par une prostituée un peu chic dans sa chambre de passe.  La tension sexuelle est son maximum lorsque la jeune femme se débarrasse de ses habits aristocratiques pour enfiler une robe noire la faisant ressembler à une sorcière. Elle a un chat entre ses mains et on pense à Ana Pieroni dans Inferno d’Argento dans la scène de l’amphithéâtre. Les corps se frôlent, le désir monte, mais un malaise s’installe et une image du passé perturbe l’acte. La femme veut raconter son histoire. L’homme est prêt à l’entendre. Elle était mariée à un prince. Mais lorsque le cousin de son mari s’installe quelque temps dans leur domaine, un amour platonique s’installe entre l’épouse et  le jeune homme. Alors, ce film jusqu’à alors constitué de longs plans séquences fixes (à une terrasse de café, la caméra est fixe mais la lumière change) ou mobiles (ce superbe mouvement d’appareil dans la chambre filmant l’homme avant de montrer le point de vue de la femme) est brutalement interrompu par un enchainement de plans. Un homme noir et torse nu - visiblement un esclave, décoche une flèche. L’amant la reçoit dans le coup et s’effondre. Le mari qui a commandité le meurtre demande à ce qu’on arrache le cœur de la victime. L’esclave s’exécute et sort l’organe palpitant du cadavre. La femme lui arrache le cœur des mains et le porte à sa bouche (envie de le dévorer ? de l’embrasser ? de boire le sang encore chaud de son amour perdu ?). On le lui reprend et on le jette par terre tandis qu’un chat vient à son tour le manger. La Vengeance d’une femme est un grand film d’amour baroque et absurde. Pour se venger de son mari, la femme décide de se prostituer et de souiller son corps. Mais le mari n’est même pas au courant de cette vengeance. Bouleversé par cette histoire, l’homme quitte la chambre au petit matin et décide de ne plus penser à elle. Quelques années plus tard, il apprend incidemment sa mort qui vient de survenir. Il se rend à l’église où le corps est dans un cercueil et demande au prêtre comment cette femme a fini sa vie (la fin rappelle furieusement Revenge de Tony Scott, autre grand film d’amour, de jalousie, de vengeance sur fonds de christianisme). C’est ce qu’on appelle un chef d’œuvre.

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