A bientôt j'espère

(To Chris M.)

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dimanche 30 septembre 2018

The tree of life / version alternative (photos)




http://unfilmdeterrencemalick.blogspot.com/2015/02/la-papillon-de-malick.html
Au muséum d'histoire naturelle de Houston, Texas.

Etoile noire

2001 ?
Voyage of time ? 

"Touché par le Diable" de Jérôme Bosch
"Orphée ramenant Eurydice des enfers" de Camille Corot (1861)
Au Musée des beaux-arts de Houston, une femme filmée comme un peintre de la Renaissance aurait représenté un profil. 

Rec



vendredi 8 décembre 2017

MASTERPIECE TO MASTERPIECE (SONG TO SONG de Terrence Malick)







Song to Song aurait pu être intitulé en français "Chansons de gestes".   

Chansons comme toutes celles qui composent l'hallucinante playlist du film : de Arvo Part au duo sud-africain de Die Antwoord de Haendel à Lykke Li qui interprète plusieurs de ses chansons mais aussi une reprise de Bob Marley en duo avec Ryan Gosling (It hurts to be alone), du rappeur travesti Big Freedia au bouleversant Makambo de Geoffrey Oryema...  Un voyage musical ininterrompu entre l'ancien et le moderne, l’Amérique, l’Europe et l’Afrique, rythmé par une chanson leitmotiv Rollin' and Tumblin’, entendue dans différentes versions.   

Gestes comme ceux des personnages, qui se frôlent, se touchent, se caressent le ventre, s'embrassent du bout des lèvres, voire scrutent la gorge du conjoint pour y chercher son âme (on pense beaucoup à Je vous salue Marie de Godard tout au long du film). Le sexe est encore plus présent que dans  Knight of Cups - à deux, à trois, hétéro et homo - mais on sent Malick peu aventurier, voire gêné aux entournures, dans sa dépiction du coït, plus soucieux de capter les hésitations des corps et leurs vibrations, que leur mélange. 

Une chanson de geste est un long poème décrivant relatant des exploits guerriers du passé. Si les derniers Malick ont abandonné les terres de la mythologie pour en apparence rejoindre celle de l'ultra contemporanéité, il semble au contraire que jamais ses personnages n'ont été plus abstraits qu'aujourd'hui et qu'en réalité, sous la surface, se cache un récit médiéval épique où les châteaux prendraient la forme de villas à l'architecture délirante située au bord de la rivière Colorado, où le méchant roi avec lequel on établit des pactes faustiens serait un producteur façon Richard Branson ou Swan de Phantom of the Paradise, la dame-poétesse une jeune rockeuse cumulant les petits jobs pour subvenir à ses besoins et le héros-troubadour un parolier naïf cherchant sa voie sous la figure tutélaire d'Arthur Rimbaud dont la photo est accrochée dans son salon. Dans ce conte des temps anciens, nos héros rencontreront des fées toujours promptes à leur prodiguer des bons conseils, ces bons génies pouvant prendre les traits de vrais artistes dans leur propres rôles : ainsi de John Lydon incitant aux enfants à obéir aux règles imposées par les parents avant de  "throw the fuckin’lot of ‘em out the window" ou Patti Smith pousser Rooney Mara à se battre pour garder son mec ; mais ces veilleurs bienveillants peuvent aussi prendre l’apparence d’actrice inconnue comme cette escort poussant une Natalie Portman confuse à dissocier son esprit de son corps. 

La guerre, elle, prend différents atours : celle de l'artiste contre le système, des enfants contre leurs parents, de l’amour pour lequel il faut sans cesse lutter pour préserver une flamme vacillante ou des pulsions intérieures les plus noires qui vous emportent vers l'abime si on ne les repousse pas.
Comme Knight of Cups tourné la même année, Song to Song donne  l'impression d'être un remix halluciné de dix films d'où Malick extrairaient les moments les plus saillants pour les compiler dans une mixtape furieuse et poétique (si Song to Song était un album, ce serait Since I left you des Avalanches), mais aussi, et c’est nouveau, chaleureuse. Car si Song to Song est un récit de lutte parfois d’une infinie tristesse, c'est aussi, paradoxalement, le film de Malick le plus romantique - attendez de voir le dernier plan !-, le plus léger en partie grâce à ses acteurs, et, plus étonnant encore, le plus porté de temps à autre à l’autodérision quand par exemple Iggy Pop torse nu et verre de vin rouge à la main apparait trente secondes pour se moquer des producteurs de cinéma voulant avoir des stars de la chanson dans leurs films pour leur apporter l’énergie supplémentaire dont ils manqueraient.    

De film en film, Terrence Malick s’affirme plus que jamais, pour reprendre les deux titres que Song to Song a porté au long de sa production au long cours, sans loi (Lawless) et en apesanteur (Weightless).  Et comme chantait Carmen, « l’amour est un oiseau rebelle ».

mardi 9 août 2016

The Tree of Life : un guide (1)





The Tree of Life : (Death ?) Messenger




 

Apparition fugace d'Irène Bedard, qui jouait la mère de Pocahontas dans Le Nouveau monde.
Dans le générique de fin, elle est créditée comme "Messenger".
Dans le livre de Paul Maher, Jr, "One Big Soul : an oral history of Terrence Malick", on apprend (p.164) par un témoin du tournage que sur le tournage, son personnage était surnommé "Figure of Death".

Peut-être aussi dans ce plan à la fin (mais sans certitude) :





lundi 9 mai 2016

Rachel McAdams : poker d'As


Rachel McAdams dans la formidable saison 2 de True Detective


Passion de Brian De Palma 
A la merveille de Terrence Malick 
Aloha de Cameron Crowe 
True Detective saison 2, série créée par Nic Pizzolatto

La filmographie de Rachel McAdams ces dernières années ressemble, si l'on se place du côté du succès critique et/ou commercial, à un désastre total. Alors certes, il y a aussi eu une nomination à l'Oscar pour le tout à fait estimable Spotlight, un Woody Allen bof (Minuit à Paris) et une participation sans intérêt à Sherlock Holmes, mais avoir le génie d'être à la fois dans le plus gros bashing du cinéma US récent (Aloha) et dans le plus gros bashing pour une série  TV US récente (True Détective saison 2), tout en étant dans les films les plus mal aimés et les moins vus de deux grands cinéastes américain à l'aura entamée (De Palma et Malick), cela force l'admiration.

Ce sont pourtant ces œuvres là qui, à nos yeux ont fait passer l'actrice anglaise de la case "jolie actrice du moment" à celle d'actrice sublime faisant irradier ses rôles.Que ce soit en prédatrice glaciale, en agricultrice rongée par la mort de son enfant, en épouse chaleureuse retrouvant son ancien compagnon ou en flic désespérée et nymphomane, la comédienne offre différentes facettes de ses talents. Mélancolique dans la joie, solaire dans la dépression, Rachel McAdams nous trouble.


lundi 18 avril 2016

Jem et les Hologrammes de Jon Chu (CRITIQUE)

The Runaways



Le critique de cinéma américain Matt Zoller Seitz a eu cette formule géniale à propos de Jem et les Hologrammes, comparant le film de Jon Chu à « Josie et les Pussycats filmé par Terrence Malick ». Au-delà de l’oxymore apparent que cette phrase induit, elle pointe précisément très précisément là où réside la beauté du film, dans sa lumière.  

Jem suit une trame très conventionnelle sans chercher spécialement à la rendre plus consistance ou plus crédible qu’à l’habitude, celle d’un apprenti groupe cherchant sa voie tandis qu’il se trouve pieds et poings liés aux mains de producteurs cyniques et mercantiles. Sans remonter jusqu’à Une star est né ou Phantom of The Paradise (dont il retrouve le glam dans son finale), la comédie pop anglo-saxonne a produit deux amusantes bandes dans les années 90, ledit Josie et les Pussycats et le méta Spice World – le film.  Jem pourrait compléter cette trilogie ne serait-ce par le personnage de Juliette Lewis, parfaite en directrice de label cynique et hystérique, mais là où Jem tranche par rapport à ses deux aînés, c’est par son traitement très différent de la couleur et du ton employé. Alors que les deux bonbons acidulés susnommés brillaient par leurs couleurs pastel et leur humour camp, Jem arbore un ton plus sérieux qu’on aurait pu l’imaginer et surtout le film se déroule essentiellement de nuit. Les sources de lumière sont le plus souvent à l’intérieur du plan (du moins en apparence). Ainsi, une chorale improvisée sous la jetée de San Monica (et oui, on peut encore penser à Terrence Malick et Knight of Cups où plusieurs scènes se déroulent au même endroit) est uniquement éclairée par le petit robot Synergy ; le premier concert de Jem est interrompu par une coupure d’électricité. Jem décide de poursuivre pourtant le show en demandant au public de l’éclairer avec les lampes torches de leurs téléphones, et s’empare d’une guitare sèche pour poursuivre sa performance. Bref, pour traduire la crise existentialiste de son héroïne s’interrogeant sur quel adulte être, le film choisit le mode acoustique, unplugged, d’où son atmosphère calme, ses mots chuchotés, ses voix off décrivant les doutes de son héroïnes, ces regards perdus dans le lointain, ces plongeons dans la mer dont on espère ressortir transformée (Terrence Malick encore !). Dans un entretien accordé aux Cahiers du cinéma, le réalisateur Jeff Nichols expliquait avec Midnight Special que les films de Malick se déroulaient surtout de jour pour utiliser la lumière naturelle, mais que lui voulait montrer à quoi ressemblerait ce genre d’esthétique, mais de nuit. Finalement, à la surprise générale, c’est Jon Chu qui aura réussi la démonstration.


PS : comme Jem fait tout pour que ses sœurs fassent partie du groupe au grand désarroi de sa productrice qui voudrait vendre une chanteuse solo, Jon Chu a retrouvé les « hologrammes » de sa webserie the L.X.D. :  Ryan Randels au scénario, Nathan Lanier a la musique originale, et la virtuose Alice Brooks a la photo.

dimanche 3 janvier 2016

10 / 2000-2015


Silencio de F.J. Ossang

Les films rêvés (Eric Pauwels) 
INLAND empire (David Lynch) 
Rachel McAdams (A la merveille, Passion, Aloha, True Detective S.2) 
Sex addict (Frank Henenlotter) 
Disneyland, mon vieux pays natal (Arnaud Des Pallières) 
L’âge atomique (Héléna Klotz)
Silencio (F.J. Ossang)   
Cemetery of Splendour, Phantoms of Nabua (Apichatpong Weerasetakhul) 
Le baiser (Ovidie) 
Veronica (Griffin Dune), in My Movie project
   Bonus : The Circle (Yuri Seltzer)

Passion de Brian De Palma

lundi 7 septembre 2015

Knight of Cups de Terrence Malick / CRITIQUE



Ne croyez pas ceux voient en Knight of Cups une critique d'Hollywood où la Mecque du cinéma serait montré comme un "enfer" (si, si, on a lu ça). Si les angoisses existentielles de son héros ne trouvent effectivement aucune réponse dans ce monde, que tout ce faste, ce luxe, ces fêtes impossibles, ces bimbos sublimes, ces créatures étranges sont les éléments constituants d'une gigantesque illusion, Terrence Malick a de l'amour, et uniquement de l'amour, pour ces mirage de la vie.

Autoroutes, hélicoptères dans le ciel, tours modernes gigantesques, parkings sur plusieurs étages (on se croirait dans un film de Michael Mann !), villas kitschissimes, arrière-cour de studios de cinéma déserts, chambres d'hôtels.... Le cinéaste aime tout du monde contemporain (et même l'Art contemporain, voir la scène de visite du LACMA de Los Angeles) et on n'a pas vu depuis longtemps film qui décrit aussi bien le monde dans lequel nous vivons sans émettre aucun jugement de valeur. Mieux, pour Malick, même le laid - en tout cas ce qui est souvent perçu comme tel - est beau. Voire la géniale partie du film avec Teresa Palmer, où une caméra en apesanteur ("Weightless") jouit de la vision des boites de strip-tease (au son de Ashtray Wasp de Burial, qui eut imaginé entendre e le DJ un jour dans un de ses films ?), de Las Vegas où le Louxor avec sa fausse pyramide et son faux Sphynx, la reproduction de la Tour Eiffel, un sosie d'Elvis sont filmés avec autant d'exaltation que s'il filmait les originaux.

Le film s'ouvre par une fable où un homme parti à la recherche d'une perle s'est perdu en voyage et a oublié l'objet de sa quête. En se plaçant sous l'égide de cette histoire avec un début, un milieu, une fin, Malick donne l'impression que cette histoire est celle de son film ("Wake up !" entend-on se dire le personnage principal à plusieurs reprises). Mais n'est ce pas plutôt une façon de nous prendre gentiment par la main pour nous emmener ailleurs ? Knight of Cups ne raconte aucune histoire, ne montre pas de personnages, ne possède pas de début ni même de fin, tout n'est que pur présent. Même les scènes de conflit familial avec le père et le frère sont mises en scène comme si une pièce de théâtre se jouait devant nos yeux (littéralement, on voit même Brian Dennehy sur une scène s'adresser à un public), réactivant les souvenirs du passé, là, maintenant.

Terrence Malick l'homme qu'on nous présente depuis trente ans comme un poète, un philosophie, un anachorète, se livre avec une absence de pudeur total et trace un autoportrait sincère où il se décrit en obsédé sexuel ("Womanizer !" lui reproche son père) pour qui baiser les plus belles femmes du monde est la seule activité valable, combien même cette activité ne comblerait elle en rien son désarroi. Les femmes sont si interchangeables, que pour la dernière, Isabel Lucas, Malick ne prend même plus la peine de montrer son visage, se contentant de la filmer en Déesse inaccessible (ah ces plans d'elle nageant nue dans l'eau d'une piscine).

"Knight of Cups", c'est l'expression de l'ennui qui s'empare de l'homme, de son absence de but dans la vie, du dérisoire de son existence, de l'irrationnel qui le guide, mais c'est aussi le film de l'émerveillement du monde dans lequel nous vivons, son urbanisme délirant, ses couleurs flashy, une sorte de gigantesque sapin de Noël pour adultes perdus dans le labyrinthe de l'existence.




vendredi 4 septembre 2015

David Lynch / Terrence Malick : zéro degré de séparation




David Lynch et Terrence Malick se sont fréquentés à l'AFI (American Film Institute), à Los Angeles, au début des années 70.

Les connexions entre les deux hommes sont multiples : ils partagent tous les deux le même Production designer depuis leur premier film (Eraserhead pour l'un, Badlands pour l'autre) jusqu'à ce jour ou presque (Mulholland drive est la dernière collaboration en date avec Lynch, Weightless prochainement) ; un des fils de David Lynch, Austin, a réalisé le making of du Nouveau Monde de Malick.

Dans Knight of Cups, Malick fait un clin d'oeil à Lynch dans sa bande son (doit-on dire dans ce cas un clin d'oreille ?), un hommage par la bande, puisqu'on entend sur une scène de nuit dans les rues de Los Angeles illuminés par les panneaux publicitaires un morceau de BIOSPHERE, "Hyperborea" dans lequel est samplé un célèbre dialogue de la série Twin Peaks. Il s'agit  de l'épisode 8 de la saison 2, un épisode réalisé par Lynch, dans lequel le Major Briggs raconte à Bobby une vision qui le met en larmes.


L'extrait de l'épisode


Le morceau de Biosphere

mardi 28 avril 2015

LA RENAISSANCE DE LA LICORNE / Broadway therapy (She's Funny That Way) de Peter Bogdanovich

La licorne enfermée (détail d'une tapisserie médiévale), dans un musée à New York



« Dans la nuit éternelle, une étincelle, je tombe dans la flamme, Tu m’as sorti des ténèbres. Tu m’as sorti du sol. Tu m’as ramené à la vie ».
Marina dans A la merveille de Terrence Malick



Imogen Poots, l’ancienne prostituée devenue comédienne, et Will Forte, le dramaturge, sont dans un musée devant une tapisserie médiévale représentant une licorne dans un enclos.

Le dramaturge : La licorne était une sorte de symbole de la femme. A l’époque on traitait les femmes comme des biens. Elles étaient ce que les hommes voulaient.
 
L’ex-prostituée : Comme aujourd’hui ? 

Le dramaturge : J’imagine. C'est l'un des sens de ma pièce. Tu sais, jadis, la prostitution était une profession sacrée avant que l'on sépare spiritualité et sexualité. Il ne faudrait pas le faire.

L’ex-prostituée : T'es vraiment romantique, non ?



         Comédie charmante et désuète, adjectif employé ici sans une once de reproche, She’s funny that way (Broadway therapy en « français ») est un vaudeville comme on n’en fait plus, à base de portes qui claquent et d’amant dans le placard - ou plus exactement ici, de maîtresses dans la douche. Placé sous l’égide d’Ernst Lubitsch dont Cluny Brown est cité à plusieurs reprises (un extrait est même inséré dans le générique de fin), ce film est une tentative de screwball comedy, ce genre typiquement américain à base de situations de mœurs plus ou moins scabreuses narrées avec énergie, rapidité et un comique à la limite du burlesque.

Le film est drôle mais semble venir d’un autre temps, et on se demande quelle nécessité a poussé le cinéaste Peter Bogdanovich à porter ce projet depuis tant d’années. Il était en effet question que le film soit tourné à la fin des années quatre-vingt dix avec John Ritter, mais le projet fut abandonné après la mort soudaine de l’acteur. 

Cette scène magnifique de la discussion sur la prostitution devant la tapisserie médiévale d’une licorne dans un enclos donne quelques clés pour percer ce mystère. Il est de bon temps de défendre la subtilité et les non-dits, mais personnellement, on apprécie encore plus cette souveraineté de l’artiste qui sait suspendre son récit pourtant entièrement tourné vers l’efficacité comique pour se livrer à cœur ouvert. L’ex-réalisateur star des années 70, haï par une bonne partie de la profession pour son caractère ombrageux et ses frasques sentimentales, a vécu un choc terrible au début des années quatre-vingt. Il était tombé follement amoureux de la playmate Dorothy Stratten, 20 ans à peine, une wannabee actrice qu’on avait aussi vu dans un Z de science-fiction Galaxina. Il avait offert à sa muse -pour reprendre un terme souvent usité dans She’s funny that way- un rôle dans They all laughed, celui d’une conductrice de taxi. Mais avant même que le montage soit achevé, la jeune femme est tragiquement violée puis assassinée par son ex compagnon, plus ou moins son souteneur, qui se suicide dans la foulée. Le choc à Hollywood est terrible, Bob Fosse tirera même un long métrage inspiré des faits peu de temps après (Star 80). Le studio annule la sortie de They all laughed pour éviter une publicité négative. Bogdanovich décide le sortir à ses frais pour le faire exister coûte que coûte. Cette sortie le poussera à la ruine financière.

Dévasté et inconsolable, il consacre un ouvrage écrit fiévreusement à Dorothy Stratten, accusant les hommes de son entourage, son assassin bien sûr, mais aussi le mogul de Playboy Hugh Heffner, d’être responsables de sa mort. Certains ironisent à l’époque que le cinéaste s’érige en contempteur de la gente masculine manipulatrice en omettant de s’inclure dans la caste des hommes qui ont profité de Dorothy, de sa beauté, de sa jeunesse, de sa candeur. Mais le titre du livre est intéressant, il s’intitule KILLING OF THE UNICORN. Le meurtre de la licorne. Pour Bogdanovich et Stratten, la licorne était devenue le symbole de leur amour, et c’est tout naturellement qu’il fera appel à cet animal mythologique pour intituler ce livre en forme de cri de désespoir.

Si on résume, She’s funny that way raconte l’histoire d’un metteur en scène volage, amateur de femmes monnayant leurs charmes, qui va transformer l’une d’elle en actrice. Impossible de ne pas voir dans ce récit une dimension biographique, mise en évidence par cette scène de la licorne. Cette approche est encore plus frappante quand on sait que le film a été coécrit par Louise Stratten, petite sœur de la défunte Dorothy, et épouse à l’époque de la rédaction du scénario de Bogdanovich (*). 

She’s funny that way peut donc être perçu comme une entreprise orphique de résurrection des morts. Non seulement parce qu'il fait revivre un genre disparu de l'âge d'or hollywoodien, la screwball comedy, mais aussi parce qu'il fait revivre la femme aimée trop tôt disparue pour lui permettre de continuer sa vie, de lui offrir la consécration qu'elle n'aura pu connaître. Chose rarissime, il le fait avec nostalgie mais sans aucune mélancolie. 

Le film s'achève par Izzie sortant du bureau de la journaliste qui l'interviewait. La porte s'ouvre et une lumière blanche aveuglante emplie alors l'écran. On peut interpréter cette lumière comme celle que verraient les morts avant de rejoindre l'au-delà. Mais c'est avant tout celle de la couleur de l'écran de cinéma.


 (*) Louise Stratten avait 12 ans au moment où sa sœur a été assassinée. Elle et sa mère ont ensuite été prises sous l’aile protectrice de Bogdanovich avant que celui-ci l’épouse lorsqu’elle a eu 20 ans. Si on a rapproché, un peu facilement à notre sens, She’s funny that way d’un film de Woody Allen, la comparaison peut se poursuivre jusque dans les mœurs des deux réalisateurs. 




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L’héroïne Imogen Poots explique que son père a fait fortune en inventant le stick – façon bâton de colle - pour beurrer les tartine.  On trouve, jolie coïncidence, une conceptualisation de l’objet au Palais de Tokyo, à l’exposition « Le bord des mondes ». L’artiste japonais Kenji Kawakami invente des objets farfelus qui ne doivent (presque) servir à rien. Entre le ventilateur accroché aux baguettes pour refroidir les nouilles pendant qu’on les mange ou le casque paré d’une ventouse pour s’accrocher aux murs, voici donc le fameux beurre en stick.




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A la merveille de Terrence Malick