A bientôt j'espère

(To Chris M.)

lundi 1 octobre 2018

"Brother fucker!" (à propos de L'ombre d'Emily)





L'ombre d'Emily est un conte moderne où se mélangent inceste, caractère double représenté par deux actrices que tout oppose (la rigolote Anna Kendrick et la over-the-top Blake Lively) et recettes de cuisine puisque une des héroïnes donnent ses conseils culinaires sur son vlog. 

En hommage à Jacques Demy (et aux chansons françaises yéyé qui parsèment la bande-originale), voici la recette du film à suspense réussi sur l'air du "Cake d'amour" de Peau d'âne.  


Préparez votre film avec positivisme
Et sans plus de tralala
Allumez votre caméra
Engagez une idole
Accompagnez-là d’une It girl
Quatre mains bien pesées
Autour d’un scénar creusé
Choisissez des références
Mais pas de déférence
Du Douglas Sirk parsemez
Du Gone Girl ajoutez
Un souffle de Hitchcock
Dans une belle bicoque
Une larme des Diaboliques
Des chansons anachroniques
Pas mal d’autodérision
Un sel de soupçon.
Et un zeste d’inceste
Il est temps à présent
Tandis que vous tournez
De glisser un mystère
Vraiment extraordinaire.
Un souhait d’éclaircissement s’impose
Tandis que la pâte repose
Lissez le plat de terreur
Et laissez cuire deux heures



dimanche 30 septembre 2018

The tree of life / version alternative (photos)




http://unfilmdeterrencemalick.blogspot.com/2015/02/la-papillon-de-malick.html
Au muséum d'histoire naturelle de Houston, Texas.

Etoile noire

2001 ?
Voyage of time ? 

"Touché par le Diable" de Jérôme Bosch
"Orphée ramenant Eurydice des enfers" de Camille Corot (1861)
Au Musée des beaux-arts de Houston, une femme filmée comme un peintre de la Renaissance aurait représenté un profil. 

Rec



vendredi 21 septembre 2018

Le temps engloutit tout - Peppermint

L'ange exterminateur

Des films de vengeance, on en a vu. Non que Peppermint soit plus original que les autres, il n’y a rien dedans qu’on ait déjà vu ailleurs, mais tout de même, sa "minéralité" impressionne. Pas de pathos, pas de sentimentalisme, pas de justification. Pierre Morel ne perd pas de temps à expliquer le pourquoi du comment. Dans la série Alias, Jennifer Garner était étudiante le jour et super héroïne la nuit. Dans Peppermint, elle est mère de famille très sage au début, ange de la mort aux pouvoirs quasi surnaturels après que son mari et sa fille aient été assassinés. Basta. Un flic se demande d’ailleurs, sous-entendant que ce n’est pas possible sans qu’il y ait une raison cachée à cela, comment une femme lambda a pu se transformer en machine à tuer. « C’est comme ça ! » répondent en chœur Pierre Morel et Jennifer Garner. On est au cinéma, on fait ce qu’on veut. Comme si on avait demandé à une même actrice d’incarner deux rôles différents. L'ellipse de cinq ans qui intervient après quinze minutes de film a tout englouti dans les replis du temps. Même le flic aidant du début est devenu un fonctionnaire fatigué désormais dépourvu de sens moral. Cette absence de transition étonne et rend le film imprévisible bien qu’il soit très simple. Au bout de vingt minutes, Jennifer Garner a déjà éliminé les assassins de sa famille. Reste pourtant une heure de métrage. Que va-t-il se passer ? On attend le moment où le récit s’arrêtera pour se confondre en explications, en flash-back, en dialogues tentant tant bien que mal de rationaliser l’irrationnel. On attend le moment où le vernis va craquer et la mère de famille meurtrie s’effondrer en larmes retrouvant son visage originel le temps d'un instant. Mais non, cette femme là n'existe plus. Peppermint et son héroïne avancent droit devant, défouraillant tout sur leur passage. On regrettera seulement une scène finale affreuse et incohérente avec le reste qui ressemble furieusement à un reshoot post projection-test ; dommage, la fin, la vraie, avec ce gros plan sur son héroïne fatiguée et abîmée gisant devant la tombe de sa famille, était magnifique.

Pierre Morel

mercredi 15 août 2018

Les films rêvés (Eric Pauwels)






Dans un coin de jardin, une araignée déambule sur sa toile. C’est cette image qui a été utilisée sur la jaquette du dvd. Elle exprime bien  le travail du cinéaste-documentariste Eric Pauwels, bâtissant une œuvre hors norme (trois heures),  à la fois intimiste, fragile et pourtant gigantesque. Dans sa cabane, le cinéaste rêve à toutes les histoires qu’il ne tournera pas, aux films qui ne verront pas le jour. Mais en ne les faisant pas, il les met en lumière. Ce grand projet est un mélange de home movies  filmés par lui ou par d’autres -  un de ses amis faisant le tour du monde en bateau lui envoie régulièrement des images du voyage -  et de séquences de fiction comme cet épisode du Mahabharata coloré comme un bollywood. Grands voyageurs et aventuriers sont les figures dans lesquelles Pauwels se projettent, les cartes marines et les récits de voyage son horizon. Cet amour des embruns, de la jungle et de l’ailleurs vont de pair avec une empathie profonde pour son prochain, comme ce voisin un peu simple avec lequel il tisse une relation. Les films rêvés, ce serait une œuvre de Chris Marker, mise en musique par Gérard Manset, éditée dans la collection Phébus/Libretto.

vendredi 10 août 2018

Neil Young / Under the silver lake




Visionnant UNDER THE SILVER LAKE, et voyant Andrew Garfield se réveiller au petit matin sur la tombe de Janet Gaynor à Los Angeles (au cimetière d'Hollywood), je repensais à ce texte du critique anglais, Neil Young, paru sur Mubi.com, où il relatait sa journée à pied (comme Garfield) dans la ville où l'on ne se déplace qu'en voiture à la recherche de la tombe de Bela Lugosi, quelque part dans un cimetière du côté de Culver City.

https://mubi.com/notebook/posts/no-weapon-formed-against-me-shall-prosper-los-angeles-2015

Le critique parvenait difficilement à la trouver - après avoir cité tous les morts prestigieux hantant le lieu (John Ford, Mary Astor, Sharon Tate...), faute de précision quant à la localisation de la tombe à l'entrée du cimetière.

Après une longue déambulation, il trouvait enfin la tombe à l'aide d'une jeune femme croisée par hasard qui elle aussi la cherchait. C'est d'ailleurs la jeune femme qui prit Neil Young en photo devant la tombe de Bela, le critique n'ayant pas de smartphone.

Et à propos de quel film à votre avis Neil Young et sa rencontre échangèrent-ils devant la tombe de Bella ? et bien de It follows de David Robert Mitchell pardi !

J'aime imaginer que  Neil Young et son texte ont inspiré David Robert Mitchell pour écrire ce magnifique Under the silver lake.



jeudi 9 août 2018

Pyramides-year best of 2018

La grande pyramide de L'île au trésor de Guillaume Brac


Visions d’Amérique Le 15h17 pour Paris (Clint Eastwood) / Lady Bird (Greta Gerwig)

A la dérive Wonder Wheel (Woody Allen) / Seule sur la plage la nuit (Hong Sang-soo) 

Rites  Mandy (Panos Cosmatos) bonus : Mom and Dad (Brian Taylor) / Un couteau dans le cœur (Yann Gonzalez)

Quête Under the silver lake (David Robert Mitchell) / L'homme qui tua Don Quichotte (Terry Gilliam)

Au bord de l’eau  Mektoub my love (Abdellatif Kechiche) / L’île au trésor (Guillaume Brac)



La pyramide où se cache une oisellerie dans Un couteau dans le cœur

mercredi 8 août 2018

Le plus beau packaging DVD du monde


Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse dit-on. 

Aussi féru des supports DVD-Blu-ray (on n’a jamais trouvé mieux pour visionner des films en dehors du cinéma), les packagings vidéo sont rarement du meilleur effet. Une bibliothèque de livres, c’est beau ; une étagère de DVD, cela donne un quadrillage chamarré hideux. Oui, il y a bien des éditions ornées de belles jaquettes. Criterion par exemple, et quelques autres essaient de rendre leurs visuels artistiques tout en étant sobres. Mais tous, Criterion y compris, respectent en général le format standard du dvd ou du blu-ray. Quels sont les éditeurs qui réussissent à utiliser pour variante le format ou la matière de la boite tout en arrivant à un résultat heureux ? On n’en voit pas. Entre les packagings trop grands et inrangeables et les tentatives de diversifier les matériaux  aboutissant à des résultats de série tout à fait quelconques (les fameux SteelBook par exemple), rares sont les éditeurs donnant l’impression que le chef de produit a compris le film sur lequel il travaillait et lui donnait une forme reflétant son contenu.

Et voilà que vient de sortir le plus beau packaging dvd qu’on ait vu de notre vie - n'ayons pas peur des superlatifs. Il est français, il ne paye pas de mine, il a été conçu par un petit éditeur, Les mutins de Pangée, éditeur spécialisé dans les documentaires tendance « luttes sociales ». Il s’agit de la première édition dvd au monde de Si j’avais 4 dromadaires de Chris Marker.

Cet étonnant film de montage réalisé en 1966 marque la fin de la période « voyage » de Marker et se présente comme une somme. Il s’agit d’une compilation de 800 photos prises par Marker dans 26 pays au cours des quinze années précédentes. Ces photos sont commentées par leur photographe ("amateur" est-il précisé, incarné vocalement par Pierre Vaneck) et deux amis (Nicolas Yumatov et Catherine Le Couey). Le texte a évidemment été écrit à l’avance par le cinéaste qui nous offre là une sorte de pièce de théâtre radiophonique (ou un commentaire audio avant l’heure). Maître de la sophistication, Marker mêle en plus sur la bande son des impros du saxophoniste Barney Wilen  à des pièces expérimentales de la compositrice chinoise Lalan. Film extraordinaire par sa richesse faisant qu’on peut le regarder pour ses photos, pour son texte, pour son tissu sonore, mais qu’il est difficile de faire tout cela à la fois. Un film qui se revoit, plus qu’il ne se voit.

Revenons en à l’objet lui même. Le disque DVD comporte pour sérigraphie la spirale du diaphragme d’un appareil photo Rolleifleix (un détail de la première photo du film).  Il est placé dans une petite boite carrée, de la taille du disque. Un couvercle cartonné vient fermer la boite. Sur ce couvercle est écrit le titre du film et le nom de son réalisateur, visiblement grâce à un marquage à chaud permettant une gravure élégante et précise de la boite. Une embrasure est faite à même le couvercle pour découvrir l’intérieur du packaging. Dans la boite vient s’insérer un dépliant de quatorze pages sur un papier au grammage conséquent. De chaque côté, sept photos extraites des clichés présentés dans le film, choisies avec goût. C’est la photo de son choix de l’accordéon qui apparaît donc dans l’ouverture.

Point de livret de 200 pages en accompagnement ou de bonus de folie, cette édition modeste ne propose "que" le film dans un écrin soigné et classieux, ce qui est totalement dans la lignée des volontés de Chris Marker pour qui les œuvres devaient se suffire. Une édition petite par sa taille mais grande par son esprit






***

Rendons à César ce qui lui appartient. Après renseignement auprès de l'éditeur, celui-ci nous a communiqué le générique de ce packaging : "L’idée vient d’Olivier Azam (réalisateur dernièrement du film La Cigale, le corbeau et les poulets , la conception est de Pascal Boucher (réalisateur de Bernard, ni dieu ni chaussettes) et l’objet a été fabriqué avec grand soin par la société MPO !" Merci à Laure Guillot pour ces infos.