A bientôt j'espère

(To Chris M.)

mercredi 15 avril 2020

mardi 7 avril 2020

SVETLANA


Alors modèle, la future réalisatrice de films pornos (SEX BOAT) pose.

jeudi 26 mars 2020

mardi 11 février 2020

SCANDALE de Jay Roach, célérité de la satire





On pourrait dire que Scandale se situe dans la lignée de The big short d’Adam McKay (dont il partage le même scénariste Charles Randolph) ou de ces grands films sérieux dénonçant des scandales historiques (Spotlight, Pentagon Papers parmi tant d’autres). Ce serait oublié que Scandale est réalisé par Jay Roach, l’homme à qui l’ont doit la trilogie comique Austin Powers. Autrement dit, malgré la gravité du sujet, ce réalisateur a de l’humour et du second degré. Cela ne veut pas qu’il traite de façon désinvolte ce sujet sérieux – le harcèlement sexuel en entreprise, et pas n’importe laquelle, la chaine FOX NEWS entièrement dévouée au – l’époque - candidat Trump. Mais il le fait sans faire peser sur chaque plan le poids de la dénonciation contrite.

Scandale est rapide comme l’éclair, comme s’il avait été tourné à toute allure, et pourtant dense dans le nombre d’informations qu’il parvient à véhiculer sans effort apparent. François Truffaut aurait dit que c’est un film « tourné de la main gauche », soit tout l’inverse de ce genre de docu-dramas souvent plombés par leur esprit de sérieux. Scandale retrouve la vibration de ces films des années soixante-dix comme ceux de Michael Ritchie (Votez Mc Kay !) ou Martin Ritt (Norman Rae), qui eux même avaient été jugés à l’époque, comme Scandale l’a souvent  été, «insuffisamment mis en scène».

« Insuffisament mis en scène » un film qui montre comment le sexisme et harcèlement sont un poison qui se distille au quotidien et modifie inéluctablement les rapports humains ? Insuffisament mis en scène un film qui montre comment les femmes sont sommées de se conformer à un stéréotype et choisit pour cela un casting puissamment théorique (Margot Robbie, Charlize Theron, Nicole Kidman comme trois incarnations à trois âges différents du même canon esthéthique) ? « Insuffisamment mis en scène » un film qui montre comment on demande aux femmes de changer leur apparence quand les puissants se drappent des oripeaux de la bienséance alors qu’ils usent de leur pouvoir pour obtenir un droit de cuissage comme aux temps les plus reculés de l’Histoire ?

Scandale est un film rentre-dedans qui ne se cache pas derrière son petit doigt, montre la complexité de jauger la limite entre arrivisme et abus (sachant que l’abus arrive parce que certains utilisent l’ambition des autres comme d’un levier pour assouvir leurs pulsions ), qui ne se présente pas comme beaucoup de films du genre avec une vérité toute prête à laquelle le public est acquise et que le propos sera de convaincre des méchants de fiction du bien fondé d’un jugement que personne ne remettait plus en cause. Au contraire, Scandale prend le parti de montrer comment une vérité aussi évidente peut-être longue et complexe à prouver et à mettre en lumière.

Et de se dire rétrospectivement qu’Austin Powers était déjà une satire irrésistible du machisme de certains hommes.

jeudi 23 janvier 2020

Rambo : last blood






John Rambo a fait la paix avec lui-même et vit désormais dans le ranch familial en Arizona. Il élève Gabrielle, une réfugiée mexicaine qu’il a recueillie. Mais alors que l’adolescente en crise d’identité fugue à la recherche de son père biologique, elle est enlevée par un réseau de narcotrafiquants. Pour John, une nouvelle guerre a été déclarée et elle ne s’arrêtera que lorsque le dernier sang aura coulé.  

Sylvester Stallone retrouve pour la dernière fois son héros. Dans les excellents suppléments proposés avec le Blu-ray, il explique avec gravité que Rambo Last Blood, qu’il a co-écrit, n’est pas à ses yeux un film d’action mais « un drame » qui se termine « comme dans une tragédie shakespearienne » (où l’on découvre une nouvelle définition de l’expression « un cœur à prendre »).

De l’action, il y en a dans ce cinquième opus. Mais il est vrai que l’on retient moins telle ou telle scène mouvementée qu’un sentiment d’ensemble, celui du destin en marche, fatum fauchant chacun des personnages. Sur Rambo bien sûr, condamné à rester éternellement cette machine de guerre qu’on a voulu voir en lui, mais aussi sur les figures secondaires tel ce jeune marié perdu dans la montagne inondée par une pluie torrentielle qui meurt pour avoir refusé d’être sauvé par John, ou bien ces prostituées que Rambo libère de leur enfer, mais qui le supplient d’arrêter « ne sachant pas où aller ». Car les pauvres n’ont pas ce pouvoir de déplacement « magique » de part et d’autres de la frontière, pouvoir que seuls les américains ont ou les puissants narcotrafiquants (cf. ce plan presque ironique des véhicules franchissant un grillage entrouvert pour passer d’un pays à l’autre).

Avec sa violence choquante et jamais fun (l'anonymat de la mise en scène est presque une revendication esthétique) et par sa capacité à décrire l’effondrement d’un monde, Rambo Last Blood constitue un épilogue au goût de cendres.

mercredi 22 janvier 2020

Star Wars : L'Ascension de Skywalker / A la fin était le Verbe







Éloge du dernier Star Wars


À la fin était le Verbe

Dyade. Ce terme revient à plusieurs reprises. Il est utilisé par le sénateur Palpatine pour désigner l’association a priori antagoniste de Kylo Ren et Rey afin de former une seule unité. J’avoue que je ne connaissais pas ce mot avant d’entrer dans la salle pour découvrir le chapitre final de Star Wars – L’Ascension de Skywalker. C’est, il me semble, la première fois que je l’entendais. Je vous prie de m’excuser d’avance pour mon inculture puisque je vois que tout le monde l’utilise dans les articles consacrés au film comme si c’était un le mot le plus usuel de la voie lactée.  Le dictionnaire me dit que cela vient, comme on s’en doute un peu, du grec duas, dualité. Dyade. C’est un beau mot surtout pour désigner la relation entre Kylo et Ren assez difficilement résumable à la vue des épisodes précédents. C’est mieux que couple, ennemis, nemesis – que sais-je encore ? Après tout, Kylo Ren contient Rey dans son nom et leur union était déjà onomastique.

Les mots sont un appel au voyage et ouvrent les portes de la perception. Ce n’est pas pour rien que l’artefact le plus identifiable de Star Wars est son déroulant inaugural qui sonne comme un appel au voyage cosmique, à l’aventure stellaire, à la découverte des galaxies lointaines et de leurs habitants. Par ce prologue littéraire, nous sommes tout ouïe pour écouter l’histoire que le conteur va nous narrer. Le déroulant n’est pas seulement une contextualisation de l’histoire pour ceux qui auraient oublié les faits de l’épisode précédent. Au contraire, en général et ici plus particulièrement, c’est une façon de rebattre les cartes et de remettre presque tout à zéro. Ainsi, c’est comme un coup de dés et sans alerte de « spoiler » qu’on nous annonce le retour inattendu du sénateur Palpatine. L’incipit étrange nous avait pourtant avertis. « The dead speak ». Les morts vont donc revenir ; L’Ascension de Skywalker sera un film de fantômes. Mais ce sera aussi un film de paroles et donc de mots. Pas mal pour un divertissement populaire dans lequel on ne voit personne lire.

Je comprends qu’on puisse être déçu par la façon dont le récit prend souvent le contrepied de l’audacieux Derniers Jedi, qui jubilait à tirer un trait sur le passé.  Mais pouvait-il en être autrement ? J.J. Abrams pouvait-il pousser le nihilisme plus loin ? L’Ascension de Skywalker sera donc différent, et conté à sa façon, c'est-à-dire de façon plus positive et moins méta ; ce qui n’empêche pas les visions inoubliables comme ce duel au sabre-laser sur fond de mer déchaînée.

Il y a quelque chose de l’ordre du récit oral ancestral dans lequel le récitant réinterprète les événements ou les personnages selon sa sensibilité. Cette nouvelle trilogie manque – qui sait ? – de cohérence (des spécialistes confirmeront cette intuition tandis que d’autres prendront le contrepied). Peu m’importe : j’aime que chaque épisode puisse ainsi se voir de façon indépendante, comme si le narrateur changeait ce que bon lui semble pour rendre l’histoire unique à son auditoire présent.  C’est d’autant plus stupéfiant que le carnet de route de ce volet ultime devait mettre fin à une saga monumentale. Et pourtant, nulle lourdeur ou figure obligée, L’Ascension de Skywalker est léger comme l’air et se défait de ses obligations à la vitesse de la lumière. Les morceaux de bravoure s’enchaînent comme dans les serials d’antan (ceux-là mêmes que Spielberg et Lucas ont cherché à dupliquer dans nombre de leurs films) ; J.J. Abrams préfère fabriquer un McGuffin de toutes pièces, trouver la planète cachée Exegol, plutôt que de chercher à relier des fils trop épars. Certains rechignent, crient à la fainéantise, pourtant Star Wars c’est aussi ça, non ? Le plaisir immédiat de la vitesse et de la célérité nous faisant bondir de planète en planète, chacune portant des noms propices à la rêverie.

Les fantômes, donc...  Abrams fait revenir les morts : Han Solo, le père de Ben aka Kylo Ren. Luke vient réconforter Rey et l’incite à ne pas baisser les bras. Kylo Ren est lui-même presque un spectre et quand il rend visite à Rey, c’est souvent par projection alors qu’il est sur autre planète à des milliers de kilomètres d’elle. Il y a un cinéaste auquel ces séquences font penser. C’est Alejandro Jodorowsky et ses derniers films en date, La danza de la realidad et Poesia sin fin. Les fils jouaient les pères, les pères jouaient les grands-parents, la catharsis familiale prenait soudainement la forme de réunions physiques intenses. Ces séquences de L’Ascension de Skywalker ont cette puissance concrète des retrouvailles par-delà le temps parce que la présence des morts est aussi intense, sinon plus, que celle des vivants.  La quête des origines de Rey est une quête psychanalytique. Il y a du Dune dans ce film, ce projet rêvé si longtemps par Jodorowsky : la séquence d’entrainement de Rey face à un robot volant, la mention du trafic de l’épice par la contrebandière dont on ne voit jamais le visage, le ver géant croisé sur une planète lors d’une poursuite, cet art des masques très théâtral (Kylo Ren retrouve son casque pendant une bonne partie du métrage).  Mais il y a surtout ce plaisir du Verbe, qu’on doit à l’auteur Frank Herbert, cet art de désigner les choses et les gens par la seule force du mot. De Dyade à Dune il n’y a qu’un saut dans l’hyper-espace. Dans Dune, le roman, tout était double. La planète éponyme n’était par exemple quasiment jamais désignée ainsi dans le texte, mais par son autre nom, Arrakis (1). Ici, ce sont tous les personnages qui forment des paires jumelles : Finn et Poe, C3-PO et R2-D2, BB8 et D-O. Après tout, il y a bien deux soleils sur Tatooine.

La dernière réplique du film est celle dans laquelle Rey choisit son patronyme d’adoption, « Rey Skywalker », perpétuant la lignée des Skywalker alors qu’elle vient d’une autre branche généalogique et fait un beau bras d’honneur aux thuriféraires des liens du sang. Le film trouve ainsi in fine, dans son dernier plan et ses dernières paroles, son explication.

Les morts parlent, mais à travers les vivants. Et les mots.

 

Nicolas Rioult

 Un grand merci à Claude Jean Monnier.

(1) Cf. la monographie de Michel Chion consacrée à David Lynch qui évoque longuement cette double association des mots.

 



mercredi 15 janvier 2020

BEST TWEET EVER

Twin Peaks The Return is just Movie 43 directes by David Lynch


Putain, quel sens de la formule absolument parfaite. Peut-être son auteur est-il ironique, qui sait ? En tout cas, à nous (c'est-à-dire moi et moi-même), elle est magique car si vraie.