A bientôt j'espère

(To Chris M.)

mercredi 1 avril 2026

THE KILLER de John Woo (2024)

 


 

Annoncé depuis près de deux décennies, John Woo a tourné un remake de The Killer avec Omar Sy en 2024 à l’occasion d’une production assez incernable : financé par Universal, mais mis en ligne aux Etats-Unis directement sur une plateforme (Peacock), le film est sorti en salle en France sans doute uniquement grâce à la présence de notre Omar Sy national en tête d’affiche. Le résultat a le charme suranné des œuvres tardives de grand maitre. Devant, on pense pas mal au décharné Domino, un Brian de Palma à l’os, dans lequel toutes les figures depalmaiennes étaient intégrées dans une intrigue trop vaste et imprécise surtout au regard du budget rachitique.

 

The Killer 2024 n’est évidemment pas le premier remake réalisé par le réalisateur de l’œuvre originale pour la transposer en langue anglaise. Même des auteurs purs et durs qu’on n’aurait pas soupçonné de se prêter à cela ont tenté l’expérience, tel Michael Haneke avec Funny Games.

 

Mais tourner le remake de son œuvre le plus vénérée au monde, au crépuscule d’une carrière bien remplie, en plus dans le pays, la France, dont il n'arrête pas de dire que sa cinématographie lui a inspiré ladite œuvre, c’est déjà plus rare - son remake pour la tv des Associés (Once a thief) semblait moins improbable.

 

Ensuite, Woo a cherché à faire vraiment différent. Alors que l’intrigue de l’original était ramassée autour d’une poignée de personnages, ici l’univers est étendu puisqu’on va jusque dans les coulisses du pouvoir. Les genres des personnages ont été permutés : The Killer est désormais une femme (après tout, l’article anglais « the » ne dit rien du genre du tueur) incarnée par la jolie actrice anglaise aux racines cosmopolites Nathalie Emmanuelle. Le flic, de nationalité française, est joué par Omar Sy qui était déjà apparu dans un polar alternant les genres et les pays avec Le Flic de Belleville dont l’ouverture témoignait déjà de la passion de Sy pour les films d’arts martiaux chinois.

 

Autant The Killer 1989 est une œuvre ténébreuse et lyrique, autant son remake tourné dans le 16e arrondissement du côté de la tour Eiffel et dans les rues qui serpentent autour de la colline Chaillot a plutôt les couleurs des Associés, c’est-à-dire solaires et enjouées. Autant le John Woo de The Killer faisait état de son admiration vibrante pour Jean-Pierre Pierre Melville ou la Nouvelle Vague, autant le remake ne se pare d’absolument d’aucune forme de déférence envers le pays qu’il l’accueille ou vers qui que ce soit. Autant The Killer 1989 était, à nos yeux, un film démesurément hongkongais, autant ce remake où l’on parle anglais et un peu français a tellement hybridé d’éléments qu’il ne possède plus de nationalité ou d’identité vraiment précise. C’est le monde global.

 

Même pour John Woo, trente ans de cinéma d’action sont passés et ses enfants plus ou moins talentueux l’ont parfois remplacé sur le devant de la scène (son sublime Silent Night a été produit par l’équipe derrière les John Wick, une saga qui lui doit tout). Le risque pour tout maitre qui a changé la face du monde du cinéma est de devoir un jour passer, le temps faisant son office, comme un suiveur de gens qui n’auraient pas existé s’il n’avait été là pour leur montrer la voie.

 

Le monde où l’on pouvait faire The Killer à Hong Kong en 1989 n’existe plus. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve car la deuxième fois le fleuve est différent – effectivement, il s’agit de la Seine... et l’homme derrière la caméra n’a peut-être plus la vista d’antan mais il n’a pas perdu la main pour ce qui est d’emballer des scènes d’action démentes. Sa version du gunfight dans l’église ne provoque pas les frissons d’émotion de l’original mais vous colle un grand sourire sur le visage.

 

Parvenir à faire deux œuvres au ton si différent est surtout la preuve que John Woo derrière son apparence de grand cinéaste lyrique et mélodramatique a toujours eu un autre visage, taquin, joueur voire un peu provocateur.

 

 

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