A bientôt j'espère

(To Chris M.)

vendredi 31 décembre 2021

Top 2021

 

The scary of sixty-first de Dasha Nekrasova

1. 

The scary of sixty-first (Dasha Nekrasova)

Memoria (Apichatpong Weerasethakul)

Annette (Leos Carax)

Tralala (Arnaud et Jean-Marie Larrieu) 

Censor (Prano Bailey-Bond)  

Cry macho (Clint Eastwood)

Drive my car (Ryusuke Hamaguchi)

Mourir peut attendre (Cary Fukunaga)

The Wheel of life (King Hu, Lee Hsing, Pai Ching-Jui), 1983

Nous (Alice Diop)

The card counter (Paul Schrader)

Wonder Woman 1984 (Patty Jenkins)

The deep house (Julien Maury & Alexandre Bustillo)

Siberia (Abel Ferrara)

 

samedi 17 avril 2021

2021 WONDER WOMAN 1984

 


The Goddess of Egypt

           

Descendu en flammes par l’essentiel de la critique française, Wonder Woman 1984 nous a pourtant conquis. Ce film de super-héroïne – et Dieu sait que G.G. est super en W.W. – est avant tout une fable morale qui se transmet de génération en génération depuis la nuit des temps. L’année 1984 n’était qu’une étape.

Le titre de ce second épisode des aventures de la guerrière amazone est Wonder Woman 1984. Cette année orwellienne est évidemment celle au cours de laquelle se déroule l’action. Le cinéma hollywoodien est friand des années quatre-vingt, devenues symbole d’un cinéma ludique et populaire, martingale après laquelle beaucoup courent encore aujourd’hui.

            La reconstitution de l’époque est très réussie, mais on peut constater que la cinéaste Patty Jenkins n’abuse pas des effets doudous : il n’est par exemple jamais fait mention des films sortis cette année-là ; la bande-son reprend bien quelques morceaux de l’époque mais peu, et l’on est loin de l’effet jukebox qu’une telle entreprise aurait pu générer. La scène au centre commercial ressemble à une scène d’action de l’époque par son découpage et ses situations (prise d’otage, personnage suspendu dans le vide par les pieds, voleurs d’opérette), mais c’est une façon de solder les comptes avant de passer à autre chose. La seule scène vraiment vintage, et assumée comme telle, est celle, amusante, de l’essayage de vêtements par Chris Pine – banane en bandoulière à l’appui. On aura aussi le plaisir de constater que tout sied à la sublime Gal Gadot, même les vestes à épaulettes.

            Des années quatre-vingt en général, et de 1984 en particulier, la réalisatrice retient plutôt le Zeitgeist : années de la Guerre froide où des frontières étaient établies depuis des années entre les peuples ; où le Moyen Orient était une zone stratégique par son accès au précieux pétrole ; où la course aux étoiles monopolisait les énergies des grandes puissances. Le film se déroule dans une uchronie au moins partielle puisque le Président des États-Unis n’est pas Ronald Reagan – sauf erreur, il n’est pas nommé –, mais c’est en tout cas son alter ego, puisqu’un de ses projets est de maîtriser l’espace (the outer space) via des satellites puissants pouvant communiquer au-delà des barrières étatiques. On y retrouve aussi le culte de l’argent et de la réussite via un bonimenteur à la Bernard Tapie, Maxwell Lord, entrepreneur winner soucieux de faire partager sa réussite de façade à la planète. Cliché ? Revoyez le cinéma d’américain des années quatre-vingt : ses personnages étaient présentés comme arrogants et sûrs de leurs mérites – il est même difficile de regarder aujourd’hui certains films à cause de ces fanfaronnades permanentes.

            Wonder Woman 1984 est bien loin de cet esprit : il brille au contraire par sa modestie, son intelligence, son absence de misanthropie et son cœur gros comme ça. Il faut dire que l’année 1984 ne veut pas dire grand-chose pour son héroïne, la princesse Diana. Âgée de plusieurs centaines d’années, l’amazone en a vu d’autres, au point que son espace-temps psychique ne tient plus qu’en quelques dates immuables : son enfance, son amour disparu pendant la Seconde Guerre mondiale (cf. le premier Wonder Woman). Elle vit dans un espace-temps macro où les événements à échelle humaine ne sont que les poussières d’étoile de son cosmos personnel. Les seules choses auxquelles se raccrocher sont les événements qui ont fait basculer sa vie : quand elle fait revivre – involontairement – son amour disparu le temps du film, elle le fait comme si elle était dans une de ces romances fantastiques hollywoodiennes des années trente, où l’amour doit être absolu, dépassant la finitude humaine.

            Maxwell Lord, le méchant, est le seul personnage qui soit vraiment ancré dans l’époque du récit. Les autres viennent d’ailleurs. Diana de la nuit des temps ; le love interest de Diana, joué par Chris Pine, vient donc du début du XXe siècle et c’est par magie qu’il se retrouve propulsé dans ce qui est son futur à lui ; Barbara, l’amie puis l’antagoniste de W.W., est, quant à elle, plutôt écrite avec une sensibilité récente, puisque son harcèlement par les hommes dessine la trajectoire de son arc narratif. On pourrait trouver ça un peu trop ouvertement dans l’air du temps, mais il nous semble au contraire que ces scènes de harcèlements incessants des hommes sur les femmes, de la drague lourde à l’agression, par leur accumulation et leur diversité, sont frappées du sceau du réalisme. WW84 nous fait bien ressentir combien les garçons peuvent être pénibles.

 

*

 

            Considérons maintenant le cœur du récit. Les films de super-héros ont habituellement pour enjeux des objets à trouver (les pierres d’infinité dans Avengers ; les boîtes-mères dans Justice League). Ici, l’objet de convoitise dépasse largement le cadre du mcguffin et mérite qu’on s’y attarde. Il est donc question d’une pierre magique qui permet à celui qui la possède d’exaucer un vœu. Maxwell Lord s’en empare et décide de devenir le maître du monde afin d’effacer son image de perdant et d’escroc qu’il traîne auprès de ceux qui le fréquentent au quotidien, loin des paillettes. Le modus operandi est à la fois simple et compliqué. Simple parce qu’il suffit de dire « Je souhaite… » pour que le vœu se réalise, compliqué parce que le méchant doit forcer les incrédules à prononcer la formule magique. Ensuite, chaque vœu exaucé s’accompagne d’une perte de libre arbitre pour celui qui le formule sans qu’il ait été mis au courant de ce débit obligatoire. C’est d’ailleurs cette perte en creux que veut obtenir Lord qui reçoit de la puissance en contrepartie du vœu exaucé. Il y a dans WW84 quelque chose de l’ordre du conte et on pense souvent aux Mille et une Nuits. L’histoire pourrait nous être contée à la tombée de la nuit, afin de nous tenir en éveil, et nous rêvasserions en imaginant ce sultan maléfique, cette princesse ingénieuse amoureuse d’un homme du peuple, et ces mauvais génies furieux d’avoir été trop longtemps emprisonnés dans leur lampe – si furieux qu’ils retournent leur colère accumulée depuis des millénaires contre ceux-là mêmes qui les sortent de là.

            WW84 est très pertinent dans sa façon de montrer que les désirs mirifiques des Hommes sont souvent médiocres. Ils sont la plupart du temps cupides et tiennent en un « je souhaite recevoir un million de dollars » ou en une demande de biens matériels (très drôle, ce moment où des Porsche envahissent la ville parce trop commandées dans les souhaits !). Les vœux sont tous égoïstes et rarement choisis pour le bien commun. À mesure que les vœux sont exaucés, la situation mondiale empire et les villes sont transformées en terrain de guérilla urbaine. On se croirait presque dans la fin du Jour du fléau de John Schlesinger. Et le méchant de se rendre compte que sa fuite en avant ne crée que du désordre, qu’il n’a finalement plus personne sur qui exercer son emprise tant le tissu social s’est délité par sa faute. Et plus il essaie de rétablir l’équilibre, plus il le déstabilise.

            La scène d’ouverture montrait les amazones enfants participant à une épreuve sportive et Diana, qui avait dû tricher pour s’adapter aux circonstances (elle avait perdu son cheval en chemin) finalement privée de sa victoire annoncée par ses paires (ses mères ?) pour ce non-respect des règles. Mais on lui apprend qu’il n’est pas grave de perdre, de ne pas être prête, et qu’il y aura un temps pour chaque chose et qu’il est vain de brusquer le destin en empruntant des raccourcis immoraux. Diana devra donc à l’âge adulte, de son propre chef, abandonner la joie que lui avait procuré son vœu (faire revenir son amant d’entre les morts) pour affronter le monde par elle-même, et donc seule : magnifique scène où elle découvre le pouvoir de voler, perpétuant symboliquement l’amour de son compagnon-volant.

            Les deux méchants ne meurent pas à la fin – est-ce un spoiler de dire que quelqu’un ne meurt pas ? Au contraire, Maxwell et Barbara retrouvent leurs esprits, et sont bien décidés à vivre leur avenir différemment, c’est-à-dire ouverts à l’Autre. C’est sur cette note d’espoir que se conclut cet enthousiasmant Wonder Woman 1984.

           



mercredi 14 avril 2021

THE SPY GONE NORTH de Yoon Jong-bin

 

 

Qu’est-ce qu’être espion si ce n’est vivre momentanément la vie d’un autre pour être confronté à l’altérité ? Le cinéma regorge de ses personnages qui, par fidélité à leur nation, endosse l’habit de l’adversaire au risque de se confondre avec lui. Le héros de The Spy gone North n’a pas de vie quand le récit commence, du moins on ne nous la montrera pas ; tout juste sait-on que c’est un citoyen de Corée du Sud. C’est pour cela qu’il est le candidat idéal, celui qui ne demande qu’à être empli d’une vie fictive pour exister. Il est missionné par le gouvernement sud-coréen pour espionner la Corée du Nord et ses activités nucléaires. Son rôle de façade : se faire passer pour un publiciste chargé de promouvoir les mérites touristiques de la Corée adverse. Peu à peu il parvient à duper tout le monde et se met à gravir les échelons du pouvoir, ce qui l’amènera à côtoyer de grandes figures politiques et militaires du régime nord-coréen, jusqu’à Kim Jong-Ill lui-même lors d’un échange sous tension.The Spy Gone North constitue ce qu’il y a de mieux en matière de cinéma d’espionnage. Infiltration sous des yeux suspicieux, menace sourde, violence latente, suspense géopolitique sur fond d’escalade atomique, toutes les grandes figures du genre y brillent de mille feux. The Spy gone north ne serait que ça, que ce serait déjà un formidable thriller digne d’un John Le Carré en Asie ; mais là où il touche au superbe, c’est par sa capacité à nous toucher droit au cœur. Si notre espion parvient à duper l’Autre, c’est moins par génie machiavélique, que parce qu’il incarne un désir commun des citoyens de réunification au-delà des antagonismes politiques, une réunification à laquelle au fond tous les citoyens aspirent. Derrière la carte postale qu’il prétend vendre via ses spots publicitaires se cachent des humains et « l’autre » n’est finalement pas différent de soi. Cette réconciliation espérée sera incarnée par une superbe histoire d’amitié entre cet espion qui va découvrir qu’il était en fait un Homme et un militaire nord-coréen pour qui l’utopie doit se construire au quotidien, par des gestes simples mais essentiels, comme accorder sa confiance à un ami.

 

samedi 13 mars 2021

A l’ombre des jeunes filles en fleurs du Mal

 


coup de coeur L’ombre d’Emily

Paul Feig est un des grands cinéastes-portraitiste de la Femme. Si tout le monde lui reconnait son talent à diriger les comédiennes et salue son féminisme militant, son talent d’artiste à capturer la beauté florentine de ses égéries est sans doute insuffisamment célébré.

En la matière, il est tout aussi aussi génial que, disons, Pedro Almodovar. Cette comparaison n’est pas innocente, et plus d’une fois, devant L’ombre d’Emily, on se prend à penser que ce thriller sardonique et bariolé aurait pu être le premier film américain du cinéaste espagnol. Paul Feig partage avec lui cet amour des valeurs chromatiques vives pour représenter les émotions les personnages, un fétichisme tout hitchockien ouvrant les portes de l’inconscient et un attrait obsessionnel pour les décos d’intérieur stylées, miroirs diaboliques de la psyché de ses héroïnes retorses. Quant à la bande-son contrapunctique, constituée de chansons de variété française (de Zaz à Françoise Hardy en passant par Orelsan ou Brigitte Bardot), elle ajoute une touche d’exotisme caliente à ce cocktail déjà bien frappé – une métaphore appropriée puisque vous aurez même droit au cours du récit à la recette d’un martini réussi. L’ombre d’Emily est un film du temps des réseaux sociaux et les tutos ne sont pas oubliés.

La Hit Girl Anna Kendrick incarne une maman célibataire, parent d’élève avec le cortège de génance que ce statut amène, qui se voit offrir l’amitié inattendue d’une mère en tout point différente : Blake Lively, sublime en styliste chaussée en Louboutin, arrogante et alcoolique mondaine, pour qui la maternité est tout au plus le seul colifichet de sa garde robe. Lorsque celle-ci disparait du jour au lendemain laissant son bambin sur les bras d’Anna, la vlogeuse culinaire nunuche se transforme en Nancy Drew astucieuse pour résoudre l’énigme et retrouver Emily. Un pitch parfait.

Les deux actrices ont rarement été aussi bien mises en lumière : il faut voir l’ultra-expressive Anna Kendrick rapper à base de popopop au volant de sa voiture ou raconter naïvemement à sa nouvelle-meilleure-amie une expérience intime que la morale réprouve, ce qui lui vaudra en retour d’être affublée par sa copine subitement vacharde d’un sobriquet hilarant. Il faut voir Blake Lively moquer les conventions sociales avec une morgue euphorisante ou déambuler suavement dans un cimetière en costumes trois pièces, cravate satinée, nue sous ses vêtements, et accessoire indispensable pour se promener au milieu des tombes, une canne de marche surmontée d’un crane argenté. La classe.

L’ombre d’Emily, c’est drôle, c’est méchant, c’est sexy, c’est original, c’est coloré, c’est prenant et surprenant. Paul Feig + Anna Kendrick + Blake Lively. Un garçon, deux filles et les possibilités s’ouvrent à l’infini.  

jeudi 11 mars 2021

TOP RIDLEY SCOTT

 


Tous les films ont été revus
 
1.    Blade Runner 10/10 (TC, FC)
2.    Traquée 9/10
3.    Legend 9/10 (DC-ETC-USTC)
4.    Kingdom of Heaven 9/10 (DC)
5.    Thelma et Louise 9/10
6.    Alien 9/10 (TC)
7.    Black Rain 8/10
8.    Robin des Bois 8/10 (TC et DC)
9.    Gladiator 8/10
10.   1492 : Christophe Colomb 8/10
11.   Les Associés 8/10
12.   Alien : Covenant 8/10
13.   Cartel 7/10
14.   Exodus 7/10
15.   La Chute du faucon noir 7/10
16.   Prometheus 7/10
17.   Les Duellistes 7/10
18.   American Gangster 7/10
19.   Mensonges d'État 6,5/10
20.   Hannibal 6/10
21.   Seul sur Mars 5/10
22.   Une grande année 5/10
23.   Tout l'argent du monde 5/10
24.   À armes égales 4/10
25.   Lame de fond 3/10



DC : Director’s cut
ETC : European Theatrical Cut
USTC : US Theatrical cut
FC : Final Cut


vendredi 1 janvier 2021

A bientôt qui sait ? (top 2020)

 

Très bonne année cinéma ; horrible pour le reste.

Dans ce que j'ai vu... (sans ordre, en fait)

1.    La rupture (Philippe Barassat) deux versions – YouTube + DVD
2.    La voix humaine (Roger Avary) – Projection spéciale
3.    Mank (David Fincher) – Plateforme
4.    Dorktown : The History of the Seattle Mariners (Jon Bois et Alex Rubenstein)YouTube / Thanks to Neil Y.
5.    Lux Aeterna (Gaspar Noe)
6.    Je veux juste en finir (Charlie Kaufman) - Plateforme
7.    Le cas Richard Jewell (Clint Eastwood) - Cinéma
8.    Alphabet City (Amos Poe) – Blu-ray [1984] / Merci à Alan
9.    World of Tomorrow 3: The Absent Destinations of David Prime (Don Herzfeld) – Vimeo
10.  Aviva (Boaz Yakin) – Vod
11.  Eurovision Song contest– The story of the Fire Saga (David Dobkin) - Plateforme / Merci à Eloïse
12. Happy old year (Nawapol Thamrongrattanarit) – Plateforme
13. What did you do Jack? (David Lynch) - Plateforme
14.  Capone (Josh Trank) – Blu-ray
15.  Scandale (Jay Roach) - Cinéma  

+ Heartthrob (Chris Siverston) / Super Dark times (Kevin Phillips) - Plateforme [2017]
+ La découverte de Adeline La Fouinesite / Merci à Alexis
 
Meilleure revisitation Someone to watch over me (Ridley Scott) / Merci à Claude