mercredi 23 mars 2011
Hark in the Dark
ATTENTION SPOILER.
Le Détective Dee, ancien révolutionnaire mis au bagne pour sa contestation du pouvoir, est mandaté par ledit pouvoir pour découvrir les responsables des attentats menaçant l'équilibre du pays. L'esprit contestaire du personnage est rapidement mis sous le boisseau au profit d'une défense de l'union nationale. Et comme le rappelle un des personnages, de toute façon "Les réformes on s'en lasse vite" (de mémoire). Le détective découvre le vrai grand méchant de l'affaire qui n'est ni l'Impératrice pratiquant la torture, ni un des Seigneurs belliqueux de la région, mais un prisonnier révolutionnaire ancien ami de Dee. Tsui Hark, en tournant en Chine, doit accepter la contrainte de tout film à grand spectacle tourné là bas : être du côté du marteau (et de la focile). Curieux d'entendre ça lorsque l'actualité récente est dominée par les révolutions du monde arabe.
Le film a beau montrer un Bouddha géant s'effondrant in fine, le pays reste droit dans ses bottes et ne tangue pas. A la fin, Dee, empoisonné par un produit entrainant la combustion spontanée de la personne l'ayant ingéré au contact des rayons du soleil, doit se cacher dans un monde sous-terrain interlope à l'abri de la lumière. Libéré au début du film, le personnage retrouve une autre prison. On se demande si ce n'est pas ce qui attend Tsui Hark dont le style ne semble émerger que par intermittence (la fabuleuse scène de l'attaque des deux amants nus dans une l'auberge sous les flèches des ennemis).
mardi 22 mars 2011
Lisa et le pilote d'avion
![]() |
| Marilou Berry et Rachida Brakni |
Sur le site du réalisateur Philippe Barassat, on peut non seulement visionner ses courts-métrages (dont l'émouvant Mon copain Rachid) mais aussi le rare Nécrophile dans sa version courte et muette, uniquement diffusée une fois sur Arte, ainsi que, ô miracle, la version complète de ce même film, intitulée Amours Mortes, version n'ayant jamais été achevée faute de moyens (version étonnante puisque autant la version courte est anxiogène et claustrophique, autant la version longue aère son récit et intègre même une séquence de comédie musicale sur de la musique orientale !!)
Sur ce même site on peut lire les deux articles que j'avais consacré dans Brazil à Barassat, celui relatant les péripéties de production du Nécrophile, l'autre évoquant le tournage de Lisa et le pilote d'avion.
Le Nécrophile
http://barassat.com/article.php?article=article_19_brazil
Lisa et le pilote d'avion
http://barassat.com/article.php?article=p120
http://barassat.com/article.php?article=p121
http://barassat.com/article.php?article=p122
http://barassat.com/article.php?article=p123
http://barassat.com/article.php?article=p124
http://barassat.com/article.php?article=p125
Lisa et le pilote d'avion appartient aujourd'hui à Eric Cantona qui a visiblement décidé de l'enterrer. Une décision de justice en juin 2010 à condamner l'acteur a versé 11 000 euros d'indemnités à Barassat, autrement rien du tout pour le cinéaste qui voit sa carrière mise au point mort. Et nous prive nous spectateurs de découvrir ce mélodrame délirant et musical.
lundi 21 mars 2011
Nuages apportant la nuit, de Stéphane Breton
| Photo de Stéphane Breton |
Stéphane Breton, après deux documentaires consacrés à une tribu de Nouvelle Guinée, a réalisé en 2007 un codicille fictionnel à ce dyptique. Nuages apportant la nuit est un montage de photos en Noir et Blanc des gens de la tribu guinéenne (on retrouve comme acteurs des villageois que l’on a vu dans les deux films) et de son environnement sur laquelle Breton narre un conte de son invention. On y suite un homme dont on ne sait rien si ce n'est qu'il transporte une chaise car il a prévu de "s'asseoir de temps en temps" traversant la jungle et rencontre différents autochtones. On pense à La Jetée de Marker pour la forme (jusqu’à un plan en mouvement au milieu du film, ici un avion en vol se substitue aux battements de paupière de la jeune femme), sauf le ton est plus détendu que dans l’opus science fictionnelle de Marker. Les images n’illustrent pas toujours le propos ou alors lointainement. Quand il parle d’une femme, ce sont des détails de seins, de tétons, des plis autour du nombril qui apparaissent. Le corps devient un espace à explorer, aussi difficile à décrypter que les images de jungle dont on ne sait pas très bien où regarder pour appréhender l’espace. Breton y parle à nouveau de l'inquiétude sur la façon pour un homme de s'intégrer dans une communauté qu'il ne connaît pas.
Editions Montparnasse. L'usage du monde, vol.2 (5 films de Stéphane Breton.)
Harper's bazaar
Trois ans avant son audition devant Swan pour ouvrir le Paradise, Phoenix participait déjà à un casting musical dans Taking Off de Milos Forman (1971). Elle n'est pas créditée au générique, mais pendant la scène, la responsable de casting demande à plusieurs filles dont "Jessica Harper" de s'approcher.
Le film de Milos Forman parvient en partant de scènes en apparence documentaire à les rendre ductiles jusqu’à chercher leur point de rupture. C’est cette longue séquence d’ouverture, une bonne trentaine de minutes, juxtaposant à l’audition l’inquiétude de parents (plus ou moins ceux des jeunes gens à l’audition) partant à la recherche de leurs enfants fugueurs. Ou c’est la séquence inversée finale dans laquelle les parents essaient de reproduire ce que font leurs enfants les poussant à se ridiculiser jusqu’à ce que leur progéniture, de retour à la maison, découvre ce capharnaum organisé.
Par son seul regard, elle transforme la fiction voulue par les parents en image documentaire (la vision d'un comportement voué à l'échec).
| Jessica Harper figurante dans Taking Off (le seul plan d'elle dans le film) |
Trois ans avant son audition devant Swan pour ouvrir le Paradise, Phoenix participait déjà à un casting musical dans Taking Off de Milos Forman (1971). Elle n'est pas créditée au générique, mais pendant la scène, la responsable de casting demande à plusieurs filles dont "Jessica Harper" de s'approcher.
Le film de Milos Forman parvient en partant de scènes en apparence documentaire à les rendre ductiles jusqu’à chercher leur point de rupture. C’est cette longue séquence d’ouverture, une bonne trentaine de minutes, juxtaposant à l’audition l’inquiétude de parents (plus ou moins ceux des jeunes gens à l’audition) partant à la recherche de leurs enfants fugueurs. Ou c’est la séquence inversée finale dans laquelle les parents essaient de reproduire ce que font leurs enfants les poussant à se ridiculiser jusqu’à ce que leur progéniture, de retour à la maison, découvre ce capharnaum organisé.
Par son seul regard, elle transforme la fiction voulue par les parents en image documentaire (la vision d'un comportement voué à l'échec).
Libellés :
Jessica Harper,
Milos Forman,
Phantom of the Paradise
vendredi 25 février 2011
L'arbre mort
Au milieu de ce film tourné en 8mm, le héros malheureux accompagne un ami dans un cabaret. Contre-champ sur la chanteuse, filmée en 16mm. Plan fixe. Fond noir. La chanson est interprétée in extenso. Dans la présentation du film, le réalisateur Joseph Morder explique qu'il voulait au milieu du récit un entracte . D'où cette longue scène sans coupe, filmée dans un format de pellicule différent du reste. Dans un film américain, on appellerait ça un "money shot" : un plan spectaculaire qui a coûté beaucoup d'argent et qui est montré comme tel afin de marquer durablement le public. Spectaculaire est un terme relatif dans le cinéma de Morder tant son cinéma est modeste dans ses moyens : tournage en 8mm, pas de prise de son direct, la ville de Nice censé figurer la ville d'Amérique du Sud où se déroule l'action. Modeste dans ses moyens mais grand dans son ambition puisque L'arbre mort a été pensé comme un mélodrame "à la Douglas Sirk", même si le résultat singulier ressemble surtout à un film de Joseph Morder. Ce souci du bien être du spectateur en lui proposant un entracte au milieu d'un film ne durant que 90 minutes est une idée formidable : en allouant à cet intermède musical des moyens si ce n'est conséquent, du moins plus importants que ceux alloués aux autres scènes, Morder fait acte de l'intelligence du spectateur pour qui un film se déroule dans la tête du spectateur plus que devant les yeux. Ce moment, le spectateur peut l'utiliser comme il l'entend : se laisser bercer humblement par le morceau, repenser à à l'histoire qu'on vient de lui narrer, reprendre sa respiration en sortant du film et penser à ce qui lui chante (sic). Lorsque la scène s'arrête et le récit reprend, c'est un spectateur plus aiguisé et plus attentif qui reprend le court du récit.
Film disponible en dvd / Editeur : La Vie est belle
Film disponible en dvd / Editeur : La Vie est belle
lundi 10 janvier 2011
2010
Amer (Hélène Cattet, Bruno Forzani)
Enter the Void (Gaspar Noe)
Nostalgie de la lumière (Patricio Guzman)
Love exposure (Sion Sono)
Domaine (Patric Chiha)
Low Cost (Lionel Baïer)
Cabeza de Vaca (Nicolas Echeverra)
My soul to take (Wes Craven)
Greenberg (Noah Baumbach)
+ deux bandes-originales : Adieu Falkenberg (Erik Enocksson) / Belle Epine (Rob)
Les films rêvés (Eric Pauwels)
Memory Lane (Mikhael Hers)
Memory Lane (Mikhael Hers)
Oncle Boonmee (Apichatpong Weerasetakhul)
Robin des Bois (Ridley Scott)
Les Mystères de Lisbonne (Raoul Ruiz)Amer (Hélène Cattet, Bruno Forzani)
Enter the Void (Gaspar Noe)
Nostalgie de la lumière (Patricio Guzman)
Love exposure (Sion Sono)
Domaine (Patric Chiha)
Low Cost (Lionel Baïer)
Cabeza de Vaca (Nicolas Echeverra)
My soul to take (Wes Craven)
Greenberg (Noah Baumbach)
A Serious man (Joel Coen, Ethan Coen)
Vénus noire (Abdellatif Kechiche)
Escapade fatale (David Twohy)
Escapade fatale (David Twohy)
The Informers (Gregor Jordan)
Runaway (Kanye West)
+ une danse : Moose et Camille sur « I won’t dance » de Fred Astaire dans Sexy Dance 3d
+ deux bandes-originales : Adieu Falkenberg (Erik Enocksson) / Belle Epine (Rob)
+ une actrice : Juno Temple dans Kaboom (Gregg Araki)
“I have this huge exam on Monday and I was thinking I could really used a good orgasm”
lundi 20 décembre 2010
Farewell to life
Jean Rollin a rejoint le monde des rêves.
Ce photogramme date de 1958. Il est tiré de son premier court-métrage, LES AMOURS JAUNES, mise en images d'un poème de Tristan Corbière, "poète maudit" selon le mot de Verlaine.
« Se mourant en sommeil, il se vivait en rêve.
Son rêve était le flot qui montait sur la grève,
Le flot qui descendait ;
Quelquefois, vaguement, i se prenait attendre…
Attendre quoi… le flot monter – le flot descendre-
Ou l’Absente… Qui sait ? »
Le poète contumace in Les amours jaunes
Tout son univers à venir était là : une silhouette de femme sur une grève, entre ciel et terre, entre rêve et réalité.
Cinéaste d'un autre temps (d'une autre dimension devrait-on dire), Rollin aura pourtant tourné - et écrit- jusqu'en 2010. En septembre dernier, il présentait son dernier film, Le Masque de la Méduse à la Cinémathèque Française. Cinquante deux ans de carrière d'une oeuvre dense et cohérente, à la fois impressionnante par son souci de rester à tout prix sur le même terrain de jeu imaginaire, et parfois frustrante, pour les mêmes raison. La marque des grands artistes est de savoir avec l'âge s'ouvrir au monde en gagnant en limpidité et en assurance. Rollin lui se sera obstiné sans jamais rien abandonné à quiconque mais sans vraiment parvenir non plus à élargir son imaginaire. Il resta ainsi fidèle à la plupart de ses lieux de tournage sans et cette plage de Pourville sera arpentée tout au long de sa filmographie.
Une fois pourtant Rollin aura quitté la France pour aller voir ailleurs, c'était dans PERDUES DANS NEW YORK. Le film commence bien sur cette plage mais se déplace bientôt au gré des rêves de ses héroïnes vers la ville aux grattes ciels géants. L'irruption de ces monolithes tendus vers le ciel apporta verticalité à une oeuvre essentiellement horizontale (la plage, la mer, la grève, les ports). Débarassé de toute intrigue ou presque, ce poème émouvant constitue parmi ce que Rollin a fait de plus impressionnant. Laissant la voix off (celle de Rollin) divaguer au gré des souvenirs, les images forment une narration plus métonymique qu'illustrative. On n'est pas loin de SANS SOLEIL de Chris Marker, autre arpenteur de l'imaginaire, de la mémoire, et de la Planète Terre.
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| Une créature sur une plage californienne dans Junkopia (Chris Marker) |
Et puis PERDUES DANS NEW YORK contient ce moment de grâce, cette scène où les deux petites filles lisent un livre illustré tandis que l'un d'entre d'elle, des années plus tard, dit ceci en off:
« La déesse lune nous emportait à l’intérieur de l’album,
Ouvert sur nos genoux,
Le livre devenait un écran de cinéma, l’écran du rêve
Nous étions en voyage, là où on ne va qu’en passant de l’autre côté du miroir
Là où sont parties les jeunes filles disparues du Picnic à Hanging Rock
Où Errol Flynn emporte Micheline Presle à la fin de la Taverne de la Nouvelle Orléans,
Où va la barque qui emmène Stewart Granger au large de Moonfleet
Nous allions là où se dirigent, par les toits, les enfants insurgés de Zéro de Conduite
Où les colombes des Yeux sans visage guident Edith Scob
Où dansent les amants de Dark Passage au bout de la route qui entrainent Chaplin et Paulette Godard loin des Temps modernes
C’était nous la jeune fille à l’ombrelle blanche qu’Everett Sloane ne fait qu’entrevoir dans Citizen Kane
Nous étions toutes les petites filles de la photo de Mortelle randonnée
La fleur étrange qui pousse là où sont morts Jennifer Jones et Grégory Peck dans Duel au Soleil
Nous étions à l’intérieur de la boîte à musique de La Morte Vivante
Sur le viaduc abandonné où errent les amants au cerveau détruit de La nuit des Traqués
Cachés dans l’horloge du Frisson des vampires qui s’ouvre au douzième coup de minuit
Derrière le rideau de théâtre de La Vampire nue
C’est nous que regarde au-delà des grilles qui l’emprisonnent la petite asiatique des Trottoirs de Bangkok
Nous qui faisons valser sur le pont levis les jeunes filles 1900 de Fascination
Héroïnes de tous les feuilletons, de tous les serials, de tous les épisodes, nous partions à la recherche de l’Ile de King Kong qui dissimule le fantôme de l’opéra, Balaoo, le mystérieux Docteur Satan, la Reine des jungles, Monsieur Lange et Arizona Jim, Rocambole et Sir Williams »
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