A bientôt j'espère

(To Chris M.)

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dimanche 27 décembre 2020

Elisheba

Adieu la grenade, symbole de Tanit
Déesse de Carthage, dont le surnom est « mère »,
Celle qui agrémentait le mesfouf des Sunnites
Et explosait les sens à quelques lieues du désert.

Demain l’air dans ta bouche d’Eretz Israel
Ses pierres bleu-vert d’Eilat ; ses lumières de fêtes
Blé, orge, raisins, figue, datte, olive et miel,
Retour sur la terre sainte, qu’arpentèrent les prophètes.

Le soleil naît à l’Est ; à l’Ouest, il s’affaiblit.
A celui de l’astre, ton trajet sera inversé,
Longeant les côtes de la Méditerranée,

Tu iras là où siège le tombeau de Marie,
Berceau du peuple juif, fertile humus de l’Homme,
Entre la lumière et les ténèbres - Shalom !
 

lundi 21 septembre 2020

BOAXEL (poème)

 
Je monte seul mon armoire IKEA
La notice spécifie qu’il faut être deux
Mais dans mon studio, nul autre que moi.
Alors, contraint, j’enfreins les règles du jeu.
 
Pleurant des larmes mornes sur mon lit défait
Les pièces éparpillées façon puzzle
A la tombée de la nuit, rien n’est fait
Mes habits, dans un carton, se désolent.
 
Sur le sol traine une clé Allen.
Que fais-tu, petit outil, devant moi ?
Tu me laisses désespéré, en émoi.
Où êtes-vous bouche, lèvres et haleine ?
 
L’armoire démembrée me scrute, impassible.
Elle n’a pas de plan pour me remonter.
Les planches indifférentes et paisibles,
Gisent devant moi d’un sommeil replet.

dimanche 24 mai 2020

Rose




Touche la rose
Hume son parfum
Fais venir Eros
Pétales carmin

Devant la Superbe,
Folie botanique
Mais, dit le proverbe
"Qui s'y frotte, s'y pique !"

mardi 26 mars 2019

BLANCHEUR



Les volets sont fermés, le noir tout engloutit 
L'obscurité plonge la pièce dans les ténèbres
Aucun  bruit ne trouble l'humeur du lieu-dit 
La mort soumet au monde son mortel algèbre
Soudain, une lumière blanche illumine le lieu sans vie
Son foyer se trouve sous les draps dans le lit 
C'est la peau blanche de la Femme qui dort 

lundi 1 octobre 2018

"Brother fucker!" (à propos de L'ombre d'Emily)





L'ombre d'Emily est un conte moderne où se mélangent inceste, caractère double représenté par deux actrices que tout oppose (la rigolote Anna Kendrick et la over-the-top Blake Lively) et recettes de cuisine puisque une des héroïnes donnent ses conseils culinaires sur son vlog. 

En hommage à Jacques Demy & Michel Legrand (et aux chansons françaises yéyé qui parsèment la bande-originale), voici la recette du film à suspense réussi sur l'air du "Cake d'amour" de Peau d'âne.  


Préparez votre film avec positivisme
Et sans plus de tralala
Allumez votre caméra
Engagez une idole
Accompagnez-là d’une Hit girl
Quatre mains bien pesées
Autour d’un scénar creusé
Choisissez des références
Mais pas de déférence
Du Douglas Sirk parsemez
Du Gone Girl ajoutez
Un souffle de Hitchcock
Dans une belle bicoque
Une larme des Diaboliques
Des chansons anachroniques
Pas mal d’autodérision
Un sel de soupçon.
Et un zeste d’inceste
Il est temps à présent
Tandis que vous tournez
De glisser un mystère
Vraiment extraordinaire.
Un souhait d’éclaircissement s’impose
Tandis que la pâte repose
Lissez le plat de terreur
Et laissez cuire deux heures



vendredi 29 décembre 2017

La femme au collier



Maika Monroe dans It follows


L'écrivaine de "La femme et le piano"
Sur celle qui fut la femme du pantin 
L'art d'écrire la muse avec des mots
Cet androïde figée au fusain 

La ciné-star aux bijoux d'apparats 
Exaltée par l'écriture soignée 
De celle dont le nom rime avec Lola 
Ainsi soit-elle, "la femme au collier" 

mercredi 12 octobre 2016

Poème

Pour L.

Dans tes rêves lointains, sur ton lit voyageur,
Tu parcourais le monde, pour voir ses mille couleurs
Humer ses fragrances, partager des repas,
Que l’Autre entre en toi ; la Terre t’ouvre ses bras.

Il n’est nul besoin d’avion ou de train
Pour mettre en lumière la jungle du lointain,
Tes plus grands voyages seront en Val-De-Marne
Ce vaste territoire sera ta lucarne.

Pas besoin de miles, pour courir la sphère
Pour se débarrasser de ses vils préjugés,
Ton voisin l’indigène peut les bouleverser

A chacun d’inventer son propre planisphère ;
A mes yeux azurs, tu es l’aventurière
Pour laquelle mon regard ne peut se défaire.

 

lundi 31 août 2015

Une nuit





Knight of cups de Terrence Malick


Passé et futur avalés par le présent,
Dans cette étrange interzone je déambulais
Comme le vagabond le paria ou le gitan,
Marchant droit devant sans même savoir où j’allais,

Le long de la croisette, la mer bleue étale, 
Au loin sourdent les fêtes sur des bateaux ivres
Guettant dans le ciel l’étoile matutinale, 
Le temps suspendu, enfin, je me sentais vivre.



 

jeudi 20 août 2015

Anarchie




Tes amants t’envoyaient des poèmes
Ils parlaient de tes yeux comme des étoiles
Et de tes seins comme d’un emblème
Tu les méprisais, plutôt mettre les voiles

La poésie amoureuse te dégoûte
Les rimes sèment évidemment le doute
Seule la prose peut te satisfaire
Et mettre un homme sur ton planisphère

Pour dire l’amour, nul besoin de règles
Le tourbillon des mots ne se contrôle
Les sentiments n’ont nul besoin d’algèbre
L’anarchie doit jouer le premier rôle


mercredi 25 mars 2015

Les cendres du temps



Maggi Cheung dans LES CENDRES DU TEMPS de Wong Kar-wai

 
Les cigarettes depuis peu écrasées
N’empêchent le temps de se consumer
Ainsi les cendres ne volent plus au vent
La vie toujours en emporte le temps
On peut arrêter de fumer
Pas les années de défiler

Pourtant, le briquet ainsi remisé
Se découvre une nouvelle utilité
Il allume les bougies d’anniversaire
Tandis que se murmure une prière
Dieu, Faites qu’elles soient lumières ardentes 
Les cendres du temps sont incandescentes

mardi 6 mai 2014

Station de lavage



Dimanche après-midi, zone industrielle
C’est le printemps, pourtant les nuages gris sont bas.
Il pourrait faire chaud, mais le vent amène le froid 
Entre La Halle aux chaussures et l’Ibis Hôtel, 
Défilent les véhicules à la station de lavage
Le jet haute-pression  tenu par des hommes en jogging 
Pour lustrer la calandre attend la chamoisine 
Pistolet entre les mains, cœur à l’ouvrage.

Les femmes préfèrent les rouleaux automatiques 
Dans leurs bottines, elles contemplent leur auto 
pénétrer entre les rouleaux priapiques 
Elles tirent sur leur cigarette, regard vertigo
Hommes et femmes debout devant leur machine à l’arrêt 
Vrombissement des énormes goupillons tournoyant 
L’eau se transforme en bruine sur les visages blancs 
Figures fantomatiques peuplant ce décor laid 

Qui habitent les chambres de l’hôtel adjacent ?
Sur son  parking stationnent les voitures humides 
Au milieu de cette interzone putride 
Se retrouvent peut-être les hommes et femmes du volant.

vendredi 14 février 2014

Naufrage



La Belle et la Bête de Christophe Gans


Naufrage 

Le vaisseau fantôme de ton transport
Sur l’onde déchainée et les vagues coupantes
Tanguait luttant contre les déferlantes
Jamais le navire n’atteignit le port

Les larmes déferlent le long des joues
Pénètrent ton être des torrents de boue
La cicatrice intérieure à vif,
Ton corps s’est déchiré sur le récif

L’aube apparait, la tempête s’est calmée,
Sur la grève est échouée l’épave
Du bateau ne reste que l’étrave
              Se perdent dans la mer tes larmes salées.

  

jeudi 30 janvier 2014

OBSCURITAS LUMINOSA

Dans l’obscurité, tu marches à tâtons.
La lune-repère brille de son absence.
C’est jour d’éclipse d’où cette béance.
Un Faune surgit, à la main un bâton.

Avec, il désigne ton sauf-conduit,
Un faisceau de lumière dans la nuit.
Au milieu de la forêt, dans une clairière,
Un rectangle blanc en suspension dans les airs.

Nul ne sait d’où vient le rayon.
Du monolithe se dégage
Une lumière irradiant le paysage.
Tu mets ton corps à l’abandon.

Dans cette blancheur aveuglante, tu pars en voyage,
De l’autre côté du miroir liquide traversé par Orphée ou celui à travers lequel s’évanouit Pandora,
Dans le trou où tombe Alice et rejoint le pays des merveilles,
Dans la tornade qui emporte Dorothy au monde de Oz,
Au fond du puits qui te conduit à la suite de Philémon sur les lettres de l’Atlantique.
Tu es le petit garçon de La Nuit du chasseur, caché sur la barque qui vogue au fil de la rivière, pour se cacher de l’Ogre qui le recherche.
Avec le hibou de la forêt, tu assistes aux dernières heures de Laura Palmer.
Tu es le crâne dans lequel le chef indigène de Jack-chien-des- îles plonge son regard dans les orbites vides, espérant y trouver trace de l’âme du défunt.
Tu découvres à ton tour « le spectacle des navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion et les rayons briller dans l’ombre de la Porte de Tannhauser », ces souvenirs qui faisaient pleurer le répliquant avant de mourir dans Blade Runner ; tu le comprends maintenant.
Tu navigues sur le réseau cyber O.W.L de Level 5,  caché derrière ton avatar,  car tu sais désormais où Laura est allée.
Ton masque est celui d’un oiseau, te faisant ressembler au  Phantom of the Paradise.
Tu es sur la photo de fête de fin d’année de  Shining aux côtés de Jack Nicholson.
Tu accompagnes les enfants blonds sur la route islandaise de Sans Soleil .
Tu es capable de connaître l’infiniment petit, là où aucune machine humaine n’a encore été capable de projeter l’œil humain. Tu rencontres le héros de L’homme qui rétrécit, toujours vivant, toujours en lutte contre son environnement, toujours rapetissant.
Les petites filles de Perdues dans New York, guidée par la Déesse Lune, t'emmenent avec elles dans les horloges des films de Jean Rollin.
Tu es la baleine qui voit dans les airs voler le bonhomme de neige tenant dans ses bras  le petit garçon ébloui, tandis qu’une aurore boréale fait rougeoyer le ciel.
Tu es dans le moulin où le voleur Piège-à-Poule et le Cavalier suédois rencontrent le fantôme du meunier qui leur propose de les emmener dans les forges de l’Evêque avant que les deux hommes échangent leurs identités.
Tu es ce père de famille qui filme en Super 8 sa femme et ses enfants Sur la plage de Belfast, et dont le petit film de vacances sera retrouvé des années plus tard, par un cinéaste français, qui achètera la caméra dans laquelle la pellicule était restée après la mort soudaine du filmeur, jamais développée.
Dans la ruelle sordide où la prostituée de Bad Biology agonise dans un orgasme sans fin, tu la regardes jouir jusqu’au trépas puisque le Temps n’a pas d’emprise sur toi. Combien de temps son corps pourra-t-il tenir aux spasmes de plaisir qui électrisent tous ses organes intérieurs ?
Tu retrouves Mireille, la petite fille de Star Suburb, elle est devenue une vieille dame  et vit dans une maison de retraite située au dernier étage d'un HLM dans l'espace.Ses rêves de devenir princesse ne se sont pas envolées.
Tu es le tourbillon qui menace d’engloutir l’embarcation du couple de L’Aurore, mais tu leur laisses la vie sauve pour recommencer leur vie.
C’est toi le conducteur  du Camion de Duras qui sillonne dans la brume la banlieue parisienne, celle des zones commerciales enlaidies  par les enseignes criardes  et les préfabriqués hideux et qui pourtant se dévoilent devant ton pare brise comme le miracle d’une planète inconnue que tu traverserais, curieux et étonné.
Tu es là où se trouve l’agent spécial Chester Desmond, après qu’il ait disparu dans Twin Peaks - Fire Walk with me, et tu joues avec lui au jeu de Marienbad, et bien sûr, tu gagnes à chaque fois.
Sous les mers, des millions d’années ont passé maintenant, et toi aussi tu rencontres la fée Bleue à qui  le petit garçon-robot de A.I. demandait d’exaucer le vœu de retrouver sa maman.
Sur la route en ligne droite se lancent dans une course effrénée les bolides de Two Lane Black Top. Tu es la pellicule qui s' embrase

mardi 28 janvier 2014

Un film rêvé

Tu te plonges dans les images du cinéma pour oublier les murs blancs qui t’entourent. Tu énumères les photogrammes mentalement, ils défilent verticalement comme la pellicule devant le projecteur, c’est ton esprit qui fait office de faisceau lumineux, projetant sur l’écran de ta mémoire les corps qui s’animent. C’est un film qui n’existe pas qui prend forme, une forme informe, composée de centaines, de milliers  de moments prélevés dans les films vus par le passé. Quand tu les voyais ces films, tu ne savais pas encore que des années plus tard ils seraient encore en toi, ayant autant de puissance, soyons honnête avec nous même, plus de puissance, que tant de choses vécues et si évanescentes. D’aucuns tracent une frontière imperméable entre ce que l’on ferait dans la vie, et ce qu’on vivrait au cinéma qui ne serait en fait qu’un rêve, c'est-à-dire irréel. Certaines images résonnent pourtant plus en cet instant que des tas d’événements s’étant réellement produits, de centaines d’heures de conversation avec des amis.  Oui tout ceci a peut être bel et bien existé, mais quelle trace en garde-t-on vraiment ? Un souvenir lointain, une idée brumeuse, peu de choses en fait.  Un petit rien. Les images des films elles restent et pénètrent l’esprit pour s’y imprimer, y imposer leur empreinte. Une empreinte c'est-à-dire une marque en creux, la trace que l’image est passée, y a déposé sa forme par le vide (en négatif), puis s’est évaporée. Donc cette créature pelliculaire au montage abrupte et dénué de toute absence de logique est pourtant le plus beau des films, celui maladroitement composé comme un cadavre exquis aux collures maladroites et au rythme incertain.

mercredi 22 janvier 2014

Hivers et parcs

Souvenir d'une promenade dans un parc
C'était l'hiver dernier,  j'étais avec toi
Les arbres nus, tu étais avec moi
Nature morte, vie intérieure élégiaque

Aujourd'hui encore je traverse un parc
Le froid coupant engourdit mes pieds
Le ciel gris et sombre célèbre janvier
Mêmes couleurs, mais le coeur se détraque

Il y a un an ensemble main dans la main au Parc de Saint-Cloud
Parenthèse enchantée enfermant un amour protégé
Desormais j'erre avec mon vide interieur dans les allées
Le parc traversé est celui de la maison des fous.


dimanche 29 décembre 2013

Accueil automatique




L’hôtesse d’accueil est une poupée
Qu’on remonte six heures d’affilée

Elle passe sa journée au téléphone
Elle distribue le courrier aux employés
Elle ouvre la porte quand sonne l’interphone
Elle prête une  clé à café ceux qui l’ont oubliée
Elle montre son beau profil aux coursiers
Elle sourit même quand elle se fait humilier

Mais parfois la mécanique s’enraye
C’est un automate à nul autre pareil
Elle dissimule péniblement sa peine
Le coupe-papier non loin de la veine